nzosaba jean bosco

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L’envoyé spécial américain pour les Grands Lacs poursuit sa tournée dans la région. Après le Rwanda et l’est de la République démocratique du Congo, Tom Perriello est de passage à Kinshasa avant de se rendre au Burundi. Entretien.

RFI : Le président rwandais Paul Kagame est officiellement candidat. Votre pays s’est dit déçu de cette candidature mais le commentaire du département d’Etat semblait moins fort que ceux qu’on avait pu entendre avant cette annonce. Qu’en est-il ?

Tom Perriello : En fait, les Etats-Unis se sont dits « profondément déçus » et publiquement par sa décision de modifier la limite constitutionnelle du nombre de mandats, mais aussi de la manière dont le référendum constitutionnel a eu lieu juste avant Noël. Et si vous avez suivi le fil Twitter du président Kagame, vous aurez noté que ce message a retenu l’attention et a reçu une réponse. J’étais à Kigali ces derniers jours. Et nous prenons au sérieux les changements constitutionnels et des règles pour maintenir un homme au pouvoir. Mais aussi le problème de la restriction de l’espace politique.

RFI : Est-ce que vous considérez la possibilité d’imposer des sanctions ?

Nous avons beaucoup de discussions à Washington et dans la région sur les conséquences à tirer suite à des décisions dans la région relatives à la limite du nombre de mandats ou sur l’usage de la répression, et c’est également un sujet ici en RDC. Nous allons faire le tour des options pour régler cette situation comme nous allons continuer de féliciter ce pays pour les aspects positifs et notamment la contribution aux opérations de maintien de la paix et ses efforts dans la lutte contre l’extrême pauvreté. Nous avons en tout cas exprimé publiquement notre inquiétude à ce propos, comme à propos des informations crédibles faisant état de recrutement de combattants dans les camps de réfugiés, ce qui est évidemment interdit par les lois internationales.

RFI : Pour le M23, les Etats-Unis avaient décidé de prendre des sanctions pour protester contre le soutien à une rébellion étrangère. Quel devrait être, selon vous, la prochaine étape dans ce cas de figure ?

Le Rwanda est parfaitement au courant de la volonté du gouvernement américain d’imposer des mesures dans les situations similaires à celles du M23. Nous avons exprimé un certain nombre d’inquiétudes publiquement et en privé à propos de la crise au Burundi. J’ai moi-même rencontré certains des anciens enfants-soldats burundais arrêtés ici en RDC. Et nous allons continuer de garder l’œil sur cette situation et continuer de signaler à tous, amis comme ennemis, les activités qui n’aident pas à la résolution de la crise. Mais le plus important, c’est de parvenir à accélérer la reprise du dialogue voulu par la région. Nous sommes contents de voir un nouvel élan du côté de la communauté des Etats d’Afrique de l’Est et même un soutien du Rwanda pour ce processus, mais les nouvelles autorités en Tanzanie semblent sérieuses dans leur intention de tenir ces pourparlers. Parce que nous continuons de penser que la solution au Burundi, c’est de réunir les acteurs pour un dialogue crédible.

RFI : Avez-vous évoqué cette question du dialogue avec le président burundais ?

Je pars ensuite au Burundi. Mais nous sommes restés en contact étroit avec le gouvernement du Burundi. Le côté positif, c’est que les discussions aujourd’hui portent plus sur la forme du dialogue et la date pour la prochaine rencontre que sur la nécessité du dialogue. Le gouvernement a accepté qu’un dialogue à l’extérieur du Burundi est nécessaire. Il a fait part de ses inquiétudes, certaines sont compréhensibles, d’autres un peu moins sur la manière dont les choses doivent se passer. Nous avons dit à plusieurs reprises à l’Ouganda comme à la communauté des Etats de l’Afrique de l’Est que la tenue de ce dialogue était urgente. Parce que de notre point de vue, le temps n’est pas l’allié de la paix au Burundi.

RFI : Le Burundi continue d’envoyer des soldats et des policiers dans les opérations de maintien de la paix. Cela signifie que les Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine continuent d’appuyer financièrement le gouvernement. Or, cet argent pourrait servir à la répression.

Ce que nous comprenons de l’article 96 [des accords de Cotonou, NDLR], c’est que l’Union européenne ne pourra plus financer le gouvernement du Burundi. Maintenant, c’est à l’UE et l’UA de voir ce qu’il est nécessaire de faire, parce que l’Amisom est une mission importante. Mais nous avons effectivement entendu des inquiétudes exprimées quant à la présence de ces contingents là-bas. 

RFI : Est-ce que vous pensez que c’est réellement possible d’avoir une mission d’enquête indépendante, notamment sur la question des fosses communes et des viols ?

Nous pensons vraiment qu’une enquête neutre est nécessaire, qu’elle soit menée par l’UA ou par d’autres. Mais que cela devrait être couplé avec le fait de rendre des comptes que ce soit pour les crimes commis par un camp ou un autre. Il est très clair que des actes terribles ont été posés par le gouvernement, comme par l’opposition et que cela ne doit pas rester sans suite. L’absence de médias indépendants et de la société civile, à cause des fermetures des médias, des restrictions imposées par le gouvernement, est très inquiétante. Et les efforts du gouvernement pour empêcher les experts de l’UA de se déployer comme ils le devraient sur le terrain… Comme je l’ai dit au gouvernement, quand vous empêchez les gens de voir ce qui se passe sur le terrain, vous ne devriez pas être surpris que les gens se posent des questions sur ce que vous craignez qu’ils découvrent. Donc pour nous, les enquêtes, les poursuites judiciaires contre toutes les parties au conflit et la réouverture des médias sont une urgence.

RFI : A propos de la République démocratique du Congo, vous revenez d’une tournée dans l’est. A Miriki, les casques bleus sud-africains, l’armée et la police sont accusés de n’avoir rien fait pour empêcher un massacre. Est-ce que cela vous inquiète ?

Je crois que c’est toujours important d’enquêter sur ces incidents tragiques. Et ce que je crois comprendre, c’est que la Monusco est en train de le faire. Nous sommes inquiets de la montée des tensions ethniques dans certaines zones de l’est, des tensions qui sont dues en partie aux offensives contre les FDLR et d’autres groupes. Nous pensons que c’est important de connaître les faits et de savoir si certaines choses ont été mal faites. Pour le côté position, il y a des progrès qui semblent avoir lieu sur le plan des opérations conjointes. Je pense que plus les missions de la Monusco, la coopération seront claires, moins il y aura de place pour l’ambigüité sur ce que les casques bleus sont censés faire pour protéger les civils et les actions qu’ils peuvent mener. Mais nous savons que c’est en train d’être examiné.

RFI : Qu’est-ce qui doit être fait selon vous en ce qui concerne le dialogue convoqué par Joseph Kabila et, plus important encore, pour que les élections aient lieu cette année en RDC ?

Je crois qu’avant toute chose, il faut que l’espace d’expression pour les citoyens soit protégé et que le gouvernement a une obligation particulière de permettre aux citoyens de s’exprimer, mais également de le faire sans menaces et intimidations. Nous avons trop souvent vu dans la région que quand les gouvernements essaient de criminaliser leur opposition et de la réprimer fortement, cela est non seulement mauvais pour la liberté d’expression mais pour le gouvernement lui-même. Donc notre message aujourd’hui c’est que, peu importe le processus, que ce soit le dialogue ou d’autres moyens, il faut que cela se déroule dans un environnement sans intimidation. Quand une opposition ne peut pas s’exprimer sans crainte ou par des voies légales, cela devient vraisemblable qu’ils essaient de s’exprimer par d’autres moyens. C’est pourquoi c’est important que le gouvernement, non seulement ne viole pas les droits de ses citoyens, mais de s’assurer de manière proactive qu’un espace d’expression existe et que les droits de l’homme puissent prospérer.

RFI : On entend de plus en plus qu’il pourrait être difficile de tenir les élections dans les délais prévus par la Constitution, notamment à cause de la révision du fichier électoral qui a pris du retard. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’il y a un désaccord sur le sujet. L’opposition croit qu’il existe des sociétés crédibles qui pourraient mener ce travail en six mois. C’est aussi ce qu’on entendait du côté de la Céni [Commission électorale nationale indépendante, NDLR], même si la Céni donne aujourd’hui une autre version à ce propos. Ce que nous croyons, c’est que l’un des moyens de faire baisser la tension aujourd’hui, ce serait de commercer dès maintenant à enrôler les électeurs vu que tout le monde pense aujourd’hui que c’est l’une des opérations qui pourrait prendre le plus de temps.

Mais malheureusement, il n’existe pas aujourd’hui suffisamment de confiance entre l’opposition et la majorité, ce qui empêche toute prise de décision à ce sujet. Nous pensons que c’est primordial de protéger la Constitution. Je pense que certains ont le sentiment que le dialogue en RDC, c’est une tradition qui remonte à l’époque de Mobutu.

Mais le dialogue national, c’était après 40 ans de dictature. Et quand les gens se sont assis à Suncity, c’était après une guerre civile. Et je pense que parfois les gens ne donnent pas assez de crédit à la RDC. C’est une démocratie constitutionnelle. Ce serait vraiment malheureux que les gens remettent en cause tous les progrès accomplis et balaient d’un revers de la main le point auquel les Congolais sont attachés à leur Constitution.

C’est ce que j’entends le plus quand je voyage à l’intérieur du pays, qu’il y avait une raison pour laquelle les gens ont fini par s’entendre et rédiger cette Constitution : ils voulaient mettre toutes ces crises derrière eux, cette époque où tout se décidait par la guerre et les pourparlers de paix, et c’est pourquoi je crois qu’on sent une résistance au sein de la population à l’idée de se démarquer du cadre constitutionnel.

Par Sonia Rolley

 

 


 

 

 

Heurs et malheurs du « modèle burundais »

Par André Guichaoua

 

Professeur des universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Lors de leur accession à l’indépendance en juillet 1962, les deux petits royaumes enclavés qui composaient la colonie belge du Ruanda-Urundi se séparèrent. Au Rwanda, les élus hutu du « peuple majoritaire » s’étaient emparés du pouvoir dès 1959 en chassant les élites tutsi promues par les autorités coloniales belges puis en proclamant la République. Entre 1959 et 1967, les affrontements firent des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de réfugiés très majoritairement tutsi.

Au Burundi à l’inverse, un noble tutsi accédait au pouvoir à la tête d’un parti multiethnique et la monarchie constitutionnelle était consacrée. Mais très vite, le contrecoup de la révolution politique rwandaise et la cristallisation des références ethniques qui l’a accompagnée vont le gagner. Les deux pays connaîtront ensuite des cycles de crises meurtrières en miroir où les acteurs politiques jouèrent délibérément des fantasmes et peurs collectifs pour mobiliser les « peuples » et surimposer les identités ethniques à toutes autres formes d’appartenance et de solidarité sociales. Au Burundi en 1972 – lors du génocide dénié des populations hutu qui fit entre 100 à 200 000 victimes – et 1993 ; au Rwanda en 1973 et 1994 – lors de la guerre et du génocide où plus de 800 000 tutsi et des dizaines de milliers de hutu furent massacrés.

Au Burundi, si la mainmise des élites tutsi sur le pouvoir se prolongea jusqu’en 1993, les premières élections démocratiques élirent un président de la République hutu, Melchior Ndadaye. Trois mois après, lors d’une tentative de putsch dirigée par des militaires tutsi, son assassinat et celui de la plupart des hauts dignitaires du pays, déclenchèrent des massacres et une sévère répression militaire qui firent plus de 100 000 morts hutu et tutsi, ainsi que des centaines de milliers d’exilés et de déplacés. Le pays sombra alors dans une longue guerre civile qui coûta quelque 200 à 300 000 victimes.

Confrontés à une nouvelle dérive institutionnelle, le Burundi échappera-t-il cette fois à une rechute sanglante face à l’exploitation politicienne des peurs et des passions ?

2005-2010 : une stabilisation fragile

Au terme de douze années de guerre civile, de négociations et de transition politique, le référendum de février 2005 instaurait au Burundi un nouvel ordre constitutionnel établissant une démocratie consensuelle fondée sur le partage du pouvoir à tous les niveaux. Sa tenue, la participation exceptionnelle des électeurs (90 %) et la majorité écrasante qui en ressortait (91 %) mettaient fin aux manœuvres politiciennes à l’origine de nombreux reports, aux frustrations, surenchères et lectures divergentes des concessions des uns et des autres. La voie était ainsi ouverte aux scrutins qui devaient sceller le retour de la paix et de la stabilité.

Lors des élections générales qui ont suivi, quelque 80 % des suffrages se portaient sur les deux grands partis pro-hutu (CNDD-FDD et Frodebu) et confirmaient la volonté majoritaire qui s’était déjà exprimée en 1993 lors des premières élections libres et pluripartites du Burundi indépendant au profit du Frodebu (Front pour la démocratie au Burundi) de Melchior Ndadaye. En 2005, les électeurs, qui voulaient la paix, donnaient une large majorité dans les deux chambres au CNDD-FDD, le mouvement le plus puissant de la rébellion hutu susceptible de s’imposer aussi bien vis-à-vis de l’ex-armée régulière que des autres rébellions émanant du camp hutu. Réunies en congrès le 19 août, ces deux chambres élisaient Pierre Nkurunziza président de la République.

Suivaient cinq années de rodage des nouvelles institutions et de décantation politique au cours desquelles les oppositions se déchiraient, alors que le CNDD-FDD parachevait son implantation nationale, sans échapper lui-même à une succession de crises internes de leadership et de répartition des dividendes du pouvoir entre les cadres militaires du parti. Quant au président Nkurunziza, ne pesant guère sur des conflits qui lui échappaient largement, il usait de son charisme personnel lors d’innombrables contacts avec les populations rurales pour incarner aux yeux de la population une unité par défaut.

Quelques mois avant la fin de la législature en 2010, une reprise en main du parti CNDD-FDD par son noyau militaire, le renouvellement de la quasi-totalité de ses élus en fin de mandat et la reconduction par les « généraux » du président sortant, sorti indemne des luttes internes, lui permettaient d’affronter le verdict des électeurs sans trop de crainte.

Les élections de 2010 se jouaient sur le seul scrutin communal qui enregistrait en mai un soutien massif des populations rurales envers les candidats présentés par le CNDD-FDD avec 64 % des voix. Ce résultat traduisait l’aspiration à la stabilité des électeurs appelés, pour la première fois dans l’histoire du pays, à voter au terme normal d’une échéance électorale. Mais la forte participation électorale et les scores obtenus par le CNDD-FDD exprimaient aussi un réel satisfecit envers un pouvoir qui avait su apaiser les divisions ethniques et surtout réussi l’intégration des forces armées à parité ethnique, désormais sous le contrôle de l’exécutif et « réconciliées avec le peuple ».

De même, la population accédait à de nouveaux espaces de liberté grâce à la multiplication des radios indépendantes et à la vitalité de la société civile. Mauvaises perdantes, les formations politiques de l’opposition boycottaient la suite du processus électoral. Mot d’ordre que la majorité des électeurs refusèrent en apportant leur voix au CNDD-FDD aux scrutins législatif et présidentiel suivants. L’absence quasi totale d’élus des partis de l’opposition aux divers échelons de la représentation nationale donnait les pleins pouvoirs au parti CNDD-FDD et Pierre Nkurunziza, seul candidat, était élu en juin 2010 sans faire vraiment campagne avec un score de 91 % et un taux de participation de 77 %.

2010-2015 : le premier « vrai » mandat de Pierre Nkurunziza

Choisie par la population et les militants sur les collines, cette génération d’élus « civils » qui prenaient le contrôle des administrations communales et provinciales ou qui entraient au Parlement tiraient désormais leur légitimité des urnes et non de leurs faits d’armes dans la rébellion. Ces représentants de la « majorité démocratique » n’avaient plus à être adoubés par des instances informelles du parti (les « militaires », le « conseil des sages », etc.) et pouvaient s’émanciper.

Il en allait de même de Pierre Nkurunziza, installé puis reconduit dans ses fonctions présidentielles par les militaires du parti, désormais plébiscité par le suffrage populaire. Il lui fallut deux ans pour évincer plusieurs des « militaires » de la direction du parti, installer une équipe dirigeante acquise à sa personne et s’assurer le contrôle effectif de la Ligue des jeunes du parti, les Imbonerakure (« Ceux qui voient loin » en français). Ses membres assurent généralement sur les collines et dans les quartiers urbains l’encadrement, la mobilisation et la « sensibilisation » des populations.

Après l’élection de Pascal Nyabenda, en avril 2012, à la présidence du parti CNDD-FDD, la nouvelle direction reprenait en main ces jeunes sous la direction du général Adolphe Nshimirimana, l’homme chargé du renseignement, et du commissaire de police principal, Gervais Ndirakobuca – les plus fidèles soutiens de Pierre Nkunrunziza. Avec un objectif principal : développer le mouvement au sein de la police, de l’armée, des administrations publiques puis de l’implanter dans les milieux intellectuels.

Ainsi, les jeunesses Imbonerakure se sont installées comme une force politico-militaire puissante permettant à Pierre Nkurunziza de s’imposer au cœur du dispositif du pouvoir, et donc comme le candidat incontournable du parti vis-à-vis des deux autres forces susceptibles de le concurrencer avec un candidat issu de ses rangs (la Police) ou de s’opposer à ses ambitions en tant que garante de la Constitution (les Forces de défense nationale, FDN). Avec les Imbonerakure, la présidence disposait d’une force totalement dévouée, assurant l’hégémonie du parti sur les collines et dans les quartiers des communes sans avoir à solliciter les représentants des autres forces de maintien de l’ordre.

C’est ainsi qu’au terme de ses dix années à la tête de l’État, le président Nkurunziza a progressivement modifié en sa faveur les rapports de force entre les différentes instances du pouvoir et les diverses composantes du parti. Il a notamment consolidé des liens de solidarité durables avec tous ceux qui se consacrent au renforcement du parti parce qu’ils en vivent – directement ou indirectement – dans les collectivités et administrations territoriales, les projets de développement, etc.

Ainsi peut-on mieux comprendre pourquoi, après avoir enfin réussi à concentrer en leurs mains les outils et les ressources du pouvoir, il leur apparaissait insupportable d’y renoncer. Et ce d’autant plus qu’il restait une étape importante à franchir pour assurer la pérennité du « Burundi refondé », et donc aussi celle du pouvoir CNDD-FDD, à savoir modifier la Constitution, notamment les articles relatifs au partage du pouvoir, et la dissocier des accords d’Arusha.

L’irruption des aspirations démocratiques dans la campagne électorale de 2015

Comme en 2010 déjà, le ministère de l’Intérieur a reconfiguré le champ des partis agréés si bien que l’entrée en campagne a été marquée, des mois à l’avance, par une montée des violences, de la répression et des attaques contre toutes les catégories d’opposants avérés ou potentiels. Étant donné les divisions structurelles de l’opposition, personne ne doutait vraiment que le CNDD-FDD gagnerait les élections dont l’enjeu se concentrait sur la majorité des deux tiers dont le CNDD-FDD avait besoin pour changer la Constitution.

Le 25 avril 2015, lorsque le Congrès du parti a entériné la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat au terme d’un laborieux parcours procédural, les autorités s’attendaient certes à de vives contestations tout en estimant pouvoir venir à bout des protestations politiciennes sans avoir à surmonter beaucoup plus de difficultés qu’avec ses propres frondeurs. Mais, paradoxalement, le verrouillage de la campagne électorale qu’aucun candidat ou parti n’avait pu briser a brutalement volé en éclats.

L’irruption d’une contestation spectaculaire, déterminée et durable, mobilisant de larges secteurs de la population de Bujumbura ne faisait pas partie des scénarios envisagés par les partisans du président Nkurunziza comme par les opposants, d’ailleurs. Invoquant pêle-mêle les accords d’Arusha, la paix retrouvée, l’armée garante des institutions, les médias libres, les réseaux sociaux, tout un peuple s’est émancipé chaque jour un peu plus de ses peurs. Et il est rapidement devenu évident que cet impressionnant mouvement d’opposition puis de résistance allait bien au-delà du refus du troisième mandat.

Plus profondément, la rupture générationnelle qui s’exprime alors illustre la désillusion des jeunesses urbaines et rurales sans travail en ville ou condamnés à la survie sur des parcelles de terre étriquées. Confrontées à l’impuissance du nouveau régime à desserrer les contraintes économiques et offrir des perspectives d’avenir, elles refusent le retour à un ordre autoritaire qui ne cesse de restreindre les libertés individuelles et collectives et de renforcer l’encadrement des populations.

La dimension politique de cette révolte se prolonge au travers d’une double exigence éthique de respect de la dignité des citoyens et de moralisation des élites au pouvoir. Des aspirations comprises voire partagées par tous, au-delà des ethnies et des régions d’origine, mais que ces élites ne peuvent ou refusent d’entendre.

Le 13 mai 2015, après la tentative avortée du haut commandement de l’armée de suspendre le président de ses fonctions, le camp présidentiel peut enfin rétablir l’ordre en usant de toutes ses forces avec l’interdiction durable de toute diffusion d’informations indépendantes, l’éviction des officiers et militaires hostiles à la répression de manifestants pacifiques, la soumission des quartiers contestataires. S’enclenche alors un processus de montée des violences, des tueries, des exactions, des opérations coups de poing des opposants, d’assassinats ciblés croisés accompagnés de défections de militaires et de policiers, de fuites en exil des militants et l’installation durable de camps de réfugiés aux frontières.

C’est dans ce contexte que les élections se déroulent, en juillet 2015, à seule fin de valider formellement la reconduction de l’équipe sortante et de ses partisans avec des scores autorisant à l’avenir les modifications constitutionnelles nécessaires pour en finir avec les subtilités de la démocratie consociative instaurée par les accords d’Arusha. À la fin du mois, la reprise en main des forces de sécurité, la consécration du CNDD-FDD comme parti unique de facto, le renouvellement des chambres, la reconduction du Président et la mise en place d’un nouveau gouvernement sont assurés.

Et maintenant, quelles issues ?

Six mois après, selon les autorités, la « situation sécuritaire est maîtrisée », l’ordre et la paix règnent au Burundi. Mais on peut penser aussi, certains jours, que les attaques de groupes armés et les opérations de représailles de forces paramilitaires s’apparentent plus à un contexte de guerre civile aussi bien dans la capitale que dans de nombreuses communes de l’intérieur. Pour autant, l’intervention d’une opération de maintien de la paix régionale ou internationale suscite un scepticisme général et se heurte, d’un côté, à une opposition déterminée des autorités burundaises et, de l’autre, aux réticences diplomatiques habituelles en matière de souveraineté des États.

Sur le plan politique, la plupart des chefs de l’opposition et de nombreux ex-dignitaires du régime se sont exilés, sans guère de prise sur la situation intérieure. Bien que regroupés au sein du Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha et de l’État de droit (CNARED ), qui exige toujours le départ du Président, il est souvent difficile de savoir qui parmi eux s’exprime au nom du collectif, voire même si le refus de la lutte armée fait l’unanimité en son sein. Du côté des autorités, les « institutions fonctionnent », dit-on, et malgré les velléités de tel ou tel, il n’y aurait rien à négocier non plus.

Pour le pouvoir, le temps jouerait apparemment en sa faveur et lui permettrait de consolider le statu quo. À ce stade de la déstabilisation, alors que bien des ressources politiques peuvent encore être mobilisées pour aggraver les tensions et radicaliser les protagonistes, aucun camp ne peut imaginer qu’il maîtriserait ou surmonterait les conséquences d’une escalade délibérée de la violence. Les autorités se délégitimeraient, les nouvelles rébellions ne pourraient contenir les représailles et s’isoleraient.

On peut cependant en douter pour deux raisons. La première tient à la capacité des autorités à desserrer l’étreinte financière imposée par les bailleurs de fonds et échapper à un collapse économique. L’économie mafieuse peut pallier un temps, mais le Burundi n’est pas l’est de la République démocratique du Congo (RDC), contrairement à bien des analogies propagées.

La seconde, plus décisive, est d’ordre politique. Le « modèle burundais » qui s’est progressivement construit au début des années 2000 avec la signature des accords de cessez-le-feu et le retour progressif de la paix n’a pu s’imposer que grâce à l’exceptionnelle capacité de recomposition des liens sociaux dont les populations ont fait preuve. En effet, malgré la guerre civile, le travail méthodique de déstructuration et de fragmentation des liens sociaux parallèle à l’exacerbation des références ethno-identitaires menée par les appareils militaires en compétition n’a jamais pu transgresser les références et les institutions qui soudent l’unité nationale. Ce sentiment d’appartenance partagé fonde la forte résilience du cadre politique et des institutions. Il explique aussi la grande maturité politique des électeurs burundais chaque fois qu’ils ont pu s’exprimer librement.

L’actuelle mise en échec de ce modèle ne tient ni aux principes des accords, ni au cadre constitutionnel. Le « modèle burundais » né des accords d’Arusha exigeait bien trop de vertu de la part de ceux à qui il revenait de le conforter. C’est cette leçon que tous les Burundais (dés-) abusés retiennent et partagent actuellement. Elle repose sur quelques constats factuels qui font l’unanimité, malgré la chape de silence qui s’est abattue sur le pays :

  1. L’initiative de la crise actuelle échoit à l’actuelle équipe dirigeante qui, en toute connaissance de cause, a pris le risque de compromettre les acquis de la paix et de la réconciliation. Aujourd’hui comme hier, aucune volonté collective ni nécessité d’intérêt national n’étayent le bien-fondé et l’opportunité de ce choix de convenance personnelle. De même, pour l’avenir prévisible, alors que la guerre et la misère s’installent, aucun bénéfice identifiable n’en ressort en matière de paix, de stabilité et de développement ;
  2. Quelles que soient les sensibilités politiques, les mises en scène officielles obligées ne suffisent pas à garantir l’existence d’un soutien populaire résolu et durable et plus encore n’attestent la « disponibilité au sacrifice » présumée des cadres et militants du CNDD-FDD et de l’appareil d’État solidaire. Le soulagement que la population a massivement exprimé le soir du 13 mai à Bujumbura ou fait connaître avec prudence dans la plupart des provinces du pays, après une tentative de putsch militaire avorté, reste dans toutes les mémoires. Tout comme les artifices auxquels les autorités ont dû sans cesse recourir pour arriver à des résultats présentables au terme du chemin de croix électoral de juin-juillet 2015.
  3. Enfin et surtout, la désapprobation des violences, de la terreur et des exclusives manifestée par les populations démontre clairement que l’obligation de participer à une guerre civile n’a pas encore gagné les esprits de la majorité des Burundais. D’où que viennent les sollicitations, personne ne croit que la paix reviendra par la voie des armes et de la contrainte.

Au regard de ces antécédents, les Burundais – qui ont depuis des mois fait preuve d’un courage, d’une constance et d’une maîtrise exceptionnels pour contenir la dérive guerrière et en affronter les conséquences dramatiques – n’ont guère d’autre choix que d’imposer eux-mêmes aux armes de se taire. Il faut pour cela que les forces de paix puissent à nouveau s’exprimer et que leur parole soit audible. C’est à elles d’imposer l’ouverture de négociations pour rétablir et enrichir le « modèle burundais".

 

 

 

Burundi : S'alarme-t-on trop vite, ou faut-il intervenir avant qu'il ne soit trop tard ?

Jeune Afrique, 25 janvier 2016

Burundi : une peur bleue

Alors que le pays s'enfonce dans la violence, un rapport onusien, divulgué début janvier, évoque différents scénarios. Y compris celui d'un génocide. S'alarme-t-on trop vite, ou faut-il intervenir avant qu'il ne soit trop tard ?

Qu’importe que les bruits qui courent soient vérifiés ou que les inquiétudes soient fondées. Ici, à Ruhororo, on a peur, de cette peur qui paralyse, et rien d’autre ne compte. Dans ce site de « déplacés intérieurs » qui ont fini par se sédentariser, le poids du passé l’emporte sur les réalités du présent.

Les massacres de 1993 consécutifs à l’assassinat du premier président élu au suffrage universel, Melchior Ndadaye, un Hutu, qui avaient obligé ces hommes, ces femmes et ces enfants à fuir leurs collines et à se réfugier ici, font partie de leur ADN. « On est des Tutsis au milieu de Hutus. Depuis des mois, on nous menace, on nous observe. Le passé nous a montré de quoi les Burundais sont capables. On a peur », glisse un habitant qui, comme tant d’autres dans le Burundi d’aujourd’hui, refuse de donner le moindre indice pouvant permettre son identification.

Ils ont tellement peur, les habitants (des paysans pour la plupart) de ce village situé dans le nord du pays, à 20 km de Ngozi, le fief du président Pierre Nkurunziza, qu’ils ont, en décembre 2015, écrit une lettre au secrétaire général des Nations unies. « Monsieur, ne prenez pas à la légère nos cris d’alarme, de grâce, intervenez ! » peut-on y lire en substance. « Que l’organisation dont vous êtes responsable soit vigilante afin d’éviter que le génocide ne se reproduise », alertent-ils.

Il suffit d’étudier le contexte pour comprendre. Un village très majoritairement composé de Tutsis dans une région de Hutus. Des terres fertiles que les « autochtones » réclament depuis des années. Des bagarres récurrentes. Et, surtout, ces déclarations incendiaires de responsables politiques inoculant un poison que l’on pensait avoir définitivement éliminé ici : l’ethnicisme. N’est-ce pas le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, qui a sous-entendu, voici trois mois, que des parcelles pourraient bientôt être disponibles ? À Ruhororo, « on a tous frémi quand on a entendu ça », confie un habitant.

Le génocide, un scénario peu probable ? 

Ce n’est certainement pas la missive des habitants de Ruhororo qui a poussé Hervé Ladsous, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, à signer début janvier un mémo destiné aux membres du Conseil de sécurité, dans lequel il est écrit qu’un génocide est un scénario plausible au Burundi. Mais elle y a peut-être contribué, comme les innombrables témoignages de victimes recueillis depuis des mois par la trentaine d’enquêteurs du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme qui circulent dans le pays. Selon ce document qui aurait dû rester confidentiel, la situation ne cesse de se détériorer. Les membres de l’opposition et de la société civile sont, explique le rapport, toujours pris pour cible par les services de sécurité et par les Imbonerakure, le surnom donné aux jeunes du parti au pouvoir.

Une fois le constat dressé, trois scénarios sont envisagés : le statu quo, c’est-à-dire une situation stabilisée mais ponctuée de violences sporadiques ; l’intensification des violences et le développement de rébellions (autrement dit : une guerre civile) ; enfin, la transformation d’une crise politique en un conflit à caractère ethnique.

Ce rapport, précise un diplomate, n’est rien d’autre qu’une base de travail. Selon une source onusienne, « il est de notre devoir, en matière de maintien de la paix, de prévoir toutes les situations, surtout les plus graves ». Celle d’un génocide à la rwandaise, dans lequel une partie de la population serait appelée à en exterminer une autre et passerait à l’acte, semble peu probable. « Ça ne prendra pas, nous vivons tous ensemble, Hutus et Tutsis », clame, à l’arrière d’une voiture et à l’abri des regards, un jeune homme que l’on dit recherché par la police, et qui quittera le pays deux jours après notre entretien. Cet optimisme, beaucoup le partagent. « Ceux qui manifestent sont nés après 1993 ou peu avant, analyse un prélat influent qui souhaite, lui aussi, rester anonyme. Ils ne sont pas marqués par le poids du passé. Eux ne rêvent que d’un avenir. »

Mais qui peut vraiment dire comment naît un génocide ? Certes, aujourd’hui, « la répression touche autant les Hutus que les Tutsis, les politiques que la société civile, et les villes que les campagnes », admet un membre éminent de l’Uprona, un parti d’opposition, un des rares qui est resté au pays. « Il faut toutefois reconnaître que la répression cible de plus en plus des Tutsis », ajoute-t-il. Ce qu’il craint – et selon lui, ce n’est qu’une question de temps -, c’est « que la population ne finisse par être obligée de marcher dans la même direction que le pouvoir ». Les jeunes n’y croient pas. Mais leurs aînés, qui ont connu les années de sang, savent que tout est possible.

Le CNDD-FDD, un parti schizophrène

Le pouvoir, évidemment, s’offusque de ce genre d’accusations. Chiffres et théorie du complot à l’appui. « C’est la chanson des Rwandais, explique Pascal Nyabenda, qui cumule les présidences du CNDD-FDD et de l’Assemblée nationale. Au Burundi, on ne songe pas à cela. Dans notre gouvernement, nous comptons 60 % de Hutus et 40 % de Tutsis : comment un tel gouvernement pourrait-il commettre un génocide ? » Au CNDD-FDD aussi, il y a des Tutsis. Comme cette sénatrice, Évelyne Butoyi. « Vous pensez que je pourrais appartenir à un parti qui veut la mort de mon peuple ? » interroge-t-elle. Il faut croire que, pour elle, la vie n’est pas facile ces jours-ci. « Je suis tutsie, mais j’ai peur d’être tuée par des Tutsis. Dans mon village, très majoritairement tutsi, je suis accompagnée par des hommes en uniforme car j’ai peur des miens. »

« Le danger le plus immédiat, c’est une guerre civile, mais n’y est-on pas déjà ? »

Au-delà des discours de façade, le CNDD-FDD semble pris d’une réelle schizophrénie. Ses barons n’ont que le mot démocratie à la bouche quand toutes les libertés publiques sont mises à bas, et ils jurent vouloir en finir avec l’accusation d’ethnicisme alors qu’ils font du « pouvoir tutsi » leur principal ennemi. Daniel Gelase Ndabirabe est le porte-parole du parti. Pour lui, il ne fait guère de doute que « les questions d’aujourd’hui sont celles de toute l’histoire du pays ». Ndabirabe parle rarement de Hutus et de Tutsis. Il préfère user de paraboles. Il y aurait d’un côté « l’ethnie dont le colonisateur ne voulait pas », la réelle « base sociale démocratique », et, de l’autre, « l’ethnie qui se disait née pour gouverner ». « Le génocide ? C’est comme les armes chimiques en Irak, dit-il. Une invention de l’élite intellectuelle. » Un diplomate qui a eu à écouter les caciques du régime fait ce constat : « Les plus francs sont obnubilés par la question Hutus-Tutsis. C’est vrai que la société civile est majoritairement tutsie, mais ils oublient l’origine de cette crise : le mécontentement social. »

« Le génocide, poursuit ce diplomate comme en écho au mémo onusien, on le craint tous. Mais le danger le plus immédiat, c’est une guerre civile. » N’y est-on pas déjà ? Des mouvements de rébellion aux contours encore flous ont vu le jour. Ils se trouvent pour la plupart aux frontières extérieures du pays, mais certains seraient à l’intérieur, tout près de la capitale, dans les monts incontrôlables du Bujumbura rural, ou plus loin, dans le Sud.

La peur omniprésente

Dans la capitale, épicentre des tensions, les heurts sont quotidiens. Un jour, c’est un policier qui est visé par une grenade ; un autre, c’est un civil qui est abattu par la police ; un troisième, ce sont des jeunes sur lesquels on tire dans un bar. Les disparitions se comptent par dizaines, les arrestations par centaines. La mort, dit un habitant du quartier contestataire de Mutakura, « peut vous prendre à tout moment et venir de n’importe où ». Nul n’est à l’abri, pas même les barons du régime : en août 2015, le redouté Adolphe Nshimirimana, le bras droit de Nkurunziza, est tombé dans une embuscade. Des armes circulent, d’autres sont cachées. La police assure avoir récemment déjoué un complot en provenance du Rwanda, et visant à ensanglanter la capitale avant le sommet de l’Union africaine.

Le conflit évolue, mais il est encore trop tôt pour évoquer une guerre. À la féroce répression des autorités, la rébellion embryonnaire répond par des actes isolés, souvent aveugles : un tir d’obus, une grenade. On ne manifeste plus – c’est interdit -, on prend les armes. Les quartiers contestataires ont été vidés d’une partie de leurs habitants, qui ont fui, dans d’autres coins de la ville réputés plus sûrs, en province ou à l’étranger, au Rwanda, en Tanzanie ou en Ouganda. On ne compte plus les boutiques fermées et les portes de maisons cadenassées. Les nuits sont silencieuses dans les faubourgs. « On ne sort plus. Le soir, on rentre à 18 heures au plus tard. Le danger peut venir de partout. Il suffit d’être jeune pour être un ennemi », déplore un habitant du quartier de Musaga.

Cette peur est comme le vent : invisible mais entêtante – le fait d’être hutu ou tutsi n’y change rien. Et ce sentiment ne s’arrête pas aux portes de Bujumbura. L’enfer n’est pas entouré du paradis, même si les campagnes sont plus calmes. À une heure de la capitale, dans les montagnes qui, au fil des ans, ont servi de repaire aux différentes rébellions, on a acquis les mêmes réflexes qu’à la ville. On rentre avant la tombée de la nuit. Au bistrot, la peur des oreilles indiscrètes interdit tout débat politique. « Notre espérance de vie est de vingt-quatre heures renouvelables », résume un habitant d’une des collines.

L’ONU EN FORCE

Preuve de l’intérêt que l’on porte à New York au conflit burundais et de la grande inquiétude qu’il suscite (l’ONU a dénoncé, le 15 janvier, des massacres ethniques, des charniers et des viols collectifs commis par les forces de sécurité), une mission du Conseil de sécurité se rendra à Bujumbura du 20 au 22. Chacun des quinze pays membres y enverra un représentant. Objectif : rencontrer les personnalités les plus influentes du gouvernement, les partis politiques, la société civile et – espère-t-on au siège de l’ONU -, le président Pierre Nkurunziza, afin de les pousser à renouer le dialogue.

Cette mission fera escale à l’aller et au retour à Addis-Abeba, afin de s’entretenir avec les responsables de l’Union africaine. « Il est urgent d’agir, estime un diplomate onusien. Le pouvoir n’envisage pas de négocier et l’opposition n’envisage plus que la force pour faire tomber le régime. » Si la perspective d’envoyer des Casques bleus n’est encore qu’hypothétique, on y songe de plus en plus sérieusement à New York. Mais même une force de 4 000 hommes aurait « des capacités très limitées », peut-on lire dans le mémo onusien signé par Hervé Ladsous.

Rémi Carayol

 


 

AA/ Bamako/ Moussa Bolly

Les groupes terroristes en Afrique chercheront à frapper là où leurs actions leur garantissent un retentissement médiatique,c’est-à-dire, au-delà du Sahel, a affirmé dans un entretien avec Anadolu, Soumeylou Boubèye Maïga, coordonnateur d'un groupe d'experts de l'Union Africaine (UA) sur le terrorisme.

"Les groupes vont frapper partout où les cibles semblent accessibles, partout où leurs actions leur garantissent une résonance médiatique importante en ciblant des Occidentaux et partout où ils peuvent toucher les intérêts des groupes qu’ils considèrent comme leurs adversaires", a déclaré Maïga, ancien patron des services des renseignements maliens, et également ancien ministre de la Défense.

Revendiqué par un groupe affilié à Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), l'attentat terroriste de vendredi dernier à Ouagadougou obéit à cette logique qui ne date pas d'aujourd'hui.

Maïga rappelle à cet effet la sanglante prise d'otages en janvier 2013 dans le complexe gazier de Tiguentourine, près d'In Amenas, dans le sud de l'Algérie. Cette attaque a constitué la première d'Al-Mourabitoune. L'idée ainsi, pour les groupes terroristes, est de démontrer "une capacité opérationnelle transnationale", qui risque d'aller au-delà du Sahel.

"Il y a, en effet, une volonté d'expansion territoriale des groupes qui veulent transporter la menace du Nord au Sud. Ils veulent progressivement ne plus se limiter à la zone traditionnelle, qui est le Sahel, et démontrer partout qu’ils conservent une capacité d’agir quels que soient les coups reçus lors des opérations antiterroristes."

Au titre de "la capacité opérationnelle transnationale" qu'entendent prouver les groupes terroristes, la Libye, où Daech est présent dans la ville côtière de Syrte, pourrait servir de plateforme d'expansion puisqu'elle "reste un foyer de déstabilisation importante pour le Sahel et même pour l’Europe », selon le coordonnateur.

« Daech peut prendre de revers le Tchad, le Niger. La Libye reste un arsenal à ciel ouvert pour de nombreux groupes terroristes. Beaucoup d’armes qui circulent dans notre région proviennent d’ailleurs de la Libye », a-t-il mis en garde.

Cette expansion s'inscrit, en outre, dans "une rivalité, une compétition, dont malheureusement les Etats et les sociétés sont les cibles, entre Daesh et Al Qaeda."

«Chaque groupe voulant élargir sa base de recrutement et territoriale », poursuit l'expert malien avant de conclure que "ces groupes, qui ne sont pas aussi déconnectés qu’on le croit concernant certaines cibles, vont tenter d’attaquer les différents Etats partout où les cibles semblent plus faciles à atteindre."

L'expansion opère, en outre, qualitativement, puisque "les groupes terroristes sont dans une démarche d'asymétrie, en attaquant les cibles moins bien protégées. Ils ne s’attaquent plus frontalement aux forces gouvernementales, mais ce que nous appelons des cibles molles comme des populations désarmées, des localités moins bien protégées, des espaces publics comme les hôtels", analyse Maïga.

Un tel constat implique des démarches au niveau des Etats, qui "doivent revoir un certain nombre de normes, au moins pour renforcer la sécurité de ces lieux publics." Il y aura, en sus, des décisions indispensables au niveau du G5 du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad).

"Techniquement, la coopération doit pouvoir se mettre en place parce qu’il s’agit seulement de s’entendre sur un certain nombre d’éléments pour au moins mettre en commun les informations relatives aux acteurs, les modes opératoires et les itinéraires", prévoit le diplomate malien.

 


 Le ministre des Postes, des technologies de l’information, de la Communication et des Médias, M. Nestor Bankumukunzi a appelé lundi les médias à publier et diffuser des informations constructives, favorables à la réconciliation de la population, privilégiant l’intérêt général, des informations utiles à la population, qui ne les poussent pas à s’exiler mais qui font avancer le pays. C’était au cours d’une réunion organisée dans une des salles de son cabinet à l’intention des responsables des médias, afin d’échanger sur la contribution des médias à la consolidation de la paix, de la démocratie et au développement durable.

Pour M. Bankumukunzi, le pays vit un contexte politique particulier caractérisé par des pourparlers, après les problèmes qui ont suivi les élections de 2015. Des tentatives de solutions pour la normalisation de la situation sont en cours. Les médias sont appelés à prendre du recul et à ne pas envenimer la situation. De plus, on parle de l’envoi des troupes étrangères au Burundi. Les médias qui mettent en avant l’intérêt général doivent s’interroger si cela est opportun. Ils doivent aussi analyser s’il y a ou pas risque de génocide évoqué ces derniers jours et orienter leur production, a dit M. Bankumukunzi. D’après lui, le secteur des médias est dans une situation particulière. « Il n’y a pas de dualisme. Les journalistes doivent éviter d’être embarqués. Ils doivent être une lumière dans l’obscurité. « Nous avons un chantier commun de construire le pays. Il ne faut pas fournir à la population des mensonges comme certains médias mal intentionnés le font. La liberté est difficile à gérer. Le journalisme est là pour aider à ce que la société marche bien. Vous en abusez, ça devient du libertinage », a-t-il souligné.

Un accent a été mis sur l’équilibre de l’information. « L’équilibre de l’information n’est pas un choix, c’est un impératif », a dit le ministre Bankumukunzi en demandant aux journalistes de mettre des fois une information sous embargo, quand ils n’ont pas encore diversifié les sources. Et le président du Conseil Nationale de la communication, M. Richard Giramahoro de renchérir : « une seule source, ce n’est pas une information, c’est une piste d’information et il faudrait aussi penser à l’équilibre genre dans le traitement médiatique ». Un journaliste a déploré le fait que des fois l’on publie une information déséquilibrée, parce ce que certaines sources administratives n’ont pas voulu s’exprimer. L’importance d’adopter un code de conduite des journalistes qui insiste sur le comportement des journalistes en complément de la loi sur la presse a été évoquée pour éviter des dérapages.

 

Le ministre a en outre dénoncé une sorte de guerre médiatique sur les réseaux sociaux et sur certains médias en ligne. A la question de la protection contre la désinformation des médias sociaux, le ministre a dit que le gouvernement ne veut pas priver les Burundais des réseaux sociaux et qu’il n’est pas pour leur fermeture ou interdiction. « L’on devrait les exploiter dans le sens de transmettre une vraie information », a-t-il ajouté.

M. Bankumukunzi a par ailleurs déploré le contexte malheureux de la fermeture de certains médias dans le cadre du coup d’Etat manqué du 13 mai 2015. Il a précisé que le ministère de la Justice en est à l’étape de l’établissement des responsabilités, et que la réouverture de ces médias est une préoccupation du gouvernement. Il a demandé aux médias qui ne sont pas fermés de travailler de façon à combler le vide de ceux-là fermés jusqu’à ce que le secteur soit relancé. Le ministre a dit que le fonds d’aide aux médias ne sera pas disponible cette année à cause de la suppression de certaines rubriques budgétaires consécutives à la situation socio-politique qui prévaut dans le pays. Cependant, certaines rubriques comme la couverture médiatique du dialogue inter burundais et des travaux de la Commission vérité et réconciliation seront appuyées. Il est demandé aux journalistes de traiter avec délicatesse ces sujets, pour aboutir aux résultats escomptés, a noté le ministre qui a remercié les médias qui travaillent bien et désapprouvé d’autres, notamment les médias internationaux qui diffusent en FM et présentent le Burundi comme un enfer.


Le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde a dépassé l'an dernier celui des 99% restants avec un an d'avance sur les prévisions, a indiqué lundi l'ONG britannique Oxfam à l'approche du forum économique mondial de Davos (Suisse).

"L'écart entre la frange la plus riche et le reste de la population s'est creusé de façon spectaculaire au cours des douze derniers mois", constate un rapport de l'ONG intitulé "une économie au service des 1%" publié à l'approche du Forum économique mondial (WEF), qui débute mercredi à Davos.

"L'an dernier, Oxfam avait prédit que les 1% posséderaient plus que le reste du monde en 2016. Cette prédiction s'est en fait réalisée dès 2015: un an plus tôt", souligne le rapport.

Illustration du creusement spectaculaire des inégalités ces dernières années, l'ONG a calculé que "62 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale", alors que "ce chiffre était de 388 il y a cinq ans".

L'ONG appelle les participants au forum de Davos à agir: "nous ne pouvons pas continuer à laisser des centaines de millions de personnes souffrir de la faim, alors que les ressources qui pourraient les aider sont amassées par quelques personnes en haut de l’échelle", affirme Manon Aubry, chargée des questions de justice fiscale et d'inégalités chez Oxfam France, citée dans un communiqué.

Selon l'ONG, "depuis le début du XXIe siècle, la moitié la plus pauvre de l'humanité a bénéficié de moins d'1% de l’augmentation totale des richesses mondiales, alors que les 1% les plus riches se sont partagés la moitié de cette hausse".

Pour faire face à cette croissance des inégalités, Oxfam appelle notamment à mettre un terme à "l'ère des paradis fiscaux", soulignant que 9 entreprises sur 10 figurant "parmi les partenaires stratégiques" du WEF "sont présentes dans au moins un paradis fiscal".

"Nous devons interpeller les gouvernements, entreprises et élites économiques présents à Davos pour qu'ils s'engagent à mettre fin à l'ère des paradis fiscaux qui alimentent les inégalités mondiales et empêchent des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté", affirme Winnie Byanyima, la directrice générale d'Oxfam International, qui sera présente à Davos.

L'an dernier, plusieurs économistes avaient contesté la méthodologie utilisée par Oxfam. L'ONG avait défendu l'instrument de mesure utilisé dans cette étude: le patrimoine net, c'est-à-dire les actifs détenus moins les dettes.

 

 

 


AA/Tunis/Esma Ben Said

L’Afrique subsaharienne doit faire face à un challenge de taille en cette année 2016: la maitrise de ses chocs économiques externes qui l’ont fragilisé durant 2015, seule solution pour retrouver une trajectoire de croissance ascendante, s’accordent à dire les experts du continent africain.

D'après le Fonds Monétaire International (FMI) l'Afrique subsaharienne devrait connaitre une croissance économique de 4.25 % en 2016, soit un léger rebond comparé aux 3.75 % enregistrés en 2015 (plus faible taux de croissance économique alors enregistré sur le continent depuis la crise financière mondiale de 1998, ndlr), selon des données publiées le 6 octobre 2015 sur le site de l'instance internationale.

La projection du FMI pour 2016 reste cependant sujette à une maitrise des chocs économiques externes qui ont secoué le continent en 2015 (pour comparaison, le continent affichait 5 % de croissance en 2014), estiment les experts.

Les économies africaines ont en effet été impactées tout au long de 2015 par trois risques externes majeurs, à savoir, le «ralentissement économique en Chine, la baisse des prix des matières premières, et la hausse des taux d’intérêt américains», répertorie Africa Growth Initiative, dans la dernière édition du rapport Foresight Africa, (publié le 8 janvier) qui analyse annuellement les politiques prioritaires du continent africain.

Le ralentissement à 6.9% de la croissance économique du géant asiatique au troisième trimestre 2015 (chiffres officiels chinois), a en effet provoqué une baisse des investissements chinois sur le continent noir de 40 % (soit 1.2 milliards de dollars) durant les six premiers mois de 2015 (une première depuis 2009), détaille pour Anadolu Siré Sy, dirigeant d’Africa WorldWide Group, cabinet conseil en géostratégie, basé à Dakar

Ce ralentissement a également entraîné une baisse drastique de la demande chinoise en matières premières de l'Afrique, et une baisse de 43 % de ses importations lors de la même période, comparé au premier semestre 2014, précise le géoéconome.

En 2015, l’Afrique subsaharienne a également pâti de la baisse du prix des matières premières, du ralentissement de l’économie de ses principaux partenaires commerciaux, et des conséquences économiques désastreuses de l’épidémie Ebola (-20 % de croissance en Sierra Leone).

Un effondrement qui avait conduit le FMI à réviser à la baisse ses prévisions de croissance dès le mois d’avril 2015.

Les pays africains exportateurs de pétrole, à savoir le Nigéria, l’Angola, la Guinée Equatoriale, le Tchad, le Gabon ou encore le Congo Brazzaville, avaient été directement affectés par la chute des cours du brut, selon le Fonds monétaire.

Cependant, à la faveur de la stabilisation des prix des matières premières et d’une amélioration de la fourniture d’électricité dans beaucoup de pays, la croissance devrait rapidement rebondir pour la nouvelle année, révèle un rapport de la Banque mondiale « Perspectives économiques mondiales», publié le 6 janvier.

En troisième lieu, la hausse des intérêts américains ont aussi eu un retentissement sur le continent. Même si cette hausse – la première en près d’une décennie- , n’a été officialisée que le 16 décembre 2015, par la Réserve fédérale, la décision avait été anticipée depuis plusieurs mois et s’était lourdement reflétée sur les marchés déjà depuis le mois d’octobre créant une forte volatilité, souligne le cabinet de conseil dans le domaine du trading « Trad’Afrique », dans un article publié le 17 décembre.

Les taux d’intérêts mis à 0,25 % avec un objectif de 1,5% à la fin de l'année 2016 et de presque 3% d'ici deux ans, (la hausse dépendra toutefois du niveau de l'emploi et de l'inflation aux Etats-Unis) font de nombreux pays africains les grandes victimes de cette nouvelle politique monétaire des USA, prévient Louise Van Cauwenbergh, spécialiste de la région Afrique du Groupe Credendo, l’assureur-crédit public belge.

« En raison des taux de rendements extrêmement faibles, les investisseurs se sont mis en quête d’un rendement ailleurs. Le Nigéria, le Sénégal et le Ghana, notamment, en ont profité pour émettre une grande partie de leur dette en devises fortes. Ils pouvaient ainsi payer un taux moins élevé que s’ils s’étaient intégralement financés sur leur marché intérieur », expose la spécialiste dans une analyse publiée sur le site du Groupe.

Mais ces pays risquent aujourd’hui, de s’en mordre les doigts, puisque, «pour les pays avec un taux de change flottant, la hausse du dollar augmentera le coût du remboursement des dettes. Les pays avec une parité fixe défendent la valeur de leur monnaie en puisant dans leurs réserves de devises. Cela aussi peut avoir de lourdes conséquences », analyse-t-elle.

L’Angola, par exemple, « a déjà introduit des contrôles de change qui privent les importateurs locaux de devises pour payer leurs fournisseurs. Pourtant, il y a de fortes chances que le pays soit finalement contraint de dévaluer sa monnaie, le kwanza, ce qui à son tour accroîtra le coût réel des dettes nominées en monnaie étrangère », alerte Van Cauwenbergh.

Ces chocs externes, s’ils sont majeurs, ils ne condamnent pas pour autant le continent à la perdition, rassure Africa Growth Initiative, dans son rapport.

Néanmoins, seules des mesures appropriées et opportunes pourront faire la différence et aider les économies d’Afrique Subsaharienne à retrouver leur dynamique de croissance à la fois dans le court et le long terme, souligne Amadou Sy, directeur de Africa Growth.

«Reste donc aux décideurs du continent de discuter et ajuster les politiques économiques aussi bien à court qu’à moyen terme», estime-t-il.

Pour cela, Amadou Sy préconise aux gouvernements d’assurer que des politiques budgétaires et monétaires soient mises en place pour surmonter les chocs externes.

Le spécialiste en économie propose également que les pays africains entreprennent sur un moyen et long terme, des réformes structurelles. «Transformer les économies dépendantes du secteur primaire vers une dépendance plus diversifiée», conseille-t-il.

Les réformes structurelles doivent également inclure des réformes dans les secteurs de l’énergie, le transport, la logistique et d’autres secteurs infrastructurels, ajoute l’expert.

Les pays africains doivent non seulement diversifier leur économie de base mais également «apprendre à taxer».

«La mobilisation des ressources intérieures doit être le mot d’ordre pour l’avenir», insiste Sy.

Pour Tédébaye Titimbaye, économiste tchadien, c'est "un grand défi économique régional qui attend l'Afrique, mais qui est bel et bien réalisable puisque malgré le basculement économique mondial de ces trois dernières années, le continent a pu, jusqu'à présent, résister à la secousse socio-économique."

 


Malgré certains progrès réalisés notamment en matière de rendement des magistrats et de diminution des mineurs dans les prisons, des indicateurs de performance de la période 2010-2015 continuent à révéler des dysfonctionnements persistants et des problèmes structurels au niveau du ministère de la Justice et des organes judiciaires, a-t-on appris lundi au cours de la validation de la politique sectorielle du ministère de la Justice pour la période 2016-2020.

Les arriérés judiciaires continuent d’augmenter, ce qui est symptomatique d’une inadéquation entre la demande et l’offre de justice. Le nombre d’arriérés judiciaires était de 51.310 en 2010, 58.787 en 2011, 63.214 en 2012, 67.223 en 2013 et 66.692 en 2014. Le taux d’exécution des jugements est passé de 14% en 2010 à 16% en 2011. Il était de 18% en 2012 et 83,2% en 2013 et 2014.

Le Burundi compte 18 magistrats pour 100.000 habitants. Il n’existe pas de plan de développement des infrastructures judiciaires et pénitentiaires, et la plupart des prisons du pays se caractérisent par une vétusté avancée, une surpopulation carcérale, avec comme conséquence les mauvaises conditions de détention. Le taux d’occupation des prisons est passé de 244% en 2010 à 186,8% en 2014. La population carcérale, qui était de 9.895 personnes en 2010, est passée à 10.432 en 2011 et est à 7.566 en 2014. Le nombre de personnes en détention préventive par rapport à la population carcérale globale ne cesse d’augmenter. 59% des prisonniers étaient en détention préventive en 2010 contre 53% en 2014. Les mineurs dans les prisons sont passés de 372 en 2010 à 158 en 2014. Le rendement des magistrats dans les tribunaux de Grande instance est passé de 3,1 dossiers par mois en 2010 à 8,2 dossiers par mois en 2014.

Les participants à la validation de la politique sectorielle 2016-2020 du ministère de la Justice ont notamment déploré l’insuffisance des moyens pour la mise en œuvre de la politique sectorielle afin d’améliorer les conditions d’accès à la justice et les performances de l’appareil judiciaire. Le budget est en constante diminution depuis trois ans, rendant ainsi difficile la mise en œuvre des réformes structurelles et durables, note le document de politique sectorielle 2016-2020.

Sur le budget annuel du pays de 863 milliards de FBu en 2010, le ministère de la Justice a reçu un budget d’environ 16 milliards de FBu en 2010, soit 1,90% du budget national. En 2011, il avoisinait également 16 milliards de FBu sur un budget global d’environ 1.000 milliards de FBu, soit 1,60%. La part du budget du ministère avoisinait 22 milliards de FBu (1,6%) en 2014 sur environ 1.400 milliards de FBu du budget national.

 


Le ministre de l’Intérieur et de la Formation patriotique M. Pascal Barandagiye, a sorti une ordonnance ministérielle lundi 23 novembre 2015 portant suspension provisoire des activités de dix associations sans but lucratif. Il s’agit du Forum pour le renforcement de la Société civile (FORSC), le Forum pour la conscience et le Développement (FOCODE), l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), l’Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), la Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution de mentalité (PARCEM), l’Amicale des militaires en non activité (AMINA), la Fontaine Isoko de la bonne gouvernance pour un développement intégré (FONTAINE-ISOKO), la Synergie des partenaires pour la promotion des droits de la femme (SPPDF), le Réseau des citoyens probes (RCP) et l’Association Maison Shalom ( MAISON SHALOM). Selon cette ordonnance, pour prendre cette décision, le ministre de l’Intérieur et de la Formation patriotique s’est basé sur le rapport de la Commission d’enquête chargée de faire la lumière sur le mouvement qualifié d’insurrectionnel déclenché le 26 avril 2015 et sur la lettre du 19 novembre 2015 du procureur général de la République portant interdiction de retrait sur les comptes de ces associations. Il s’est également basé sur les statuts respectifs de ces associations et l’ouverture du dossier répressif RMPG 696/ MA et a tenu compte de l’impérieuse nécessité de préserver l’ordre et la sécurité sur tout le territoire national, a précisé cette ordonnance.


L’UE, l’UA et l’ONU veulent réunir le gouvernement et l’opposition

Les Nations unies, l'Union africaine et l'Union européenne ont appelé jeudi 12 novembre le gouvernement burundais et des représentants de l'opposition à se rencontrer d'urgence. Objectif : enrayer les violences et trouver une solution politique à la crise.

 « Nous sommes convenus de l’urgence d’organiser une réunion entre le gouvernement burundais et des représentants de l’opposition à Addis Abeba ou à Kampala, sous la présidence du président [ougandais Yoweri] Museveni », ont indiqué trois hauts responsables de l’ONU, de l’UA et de l’UE dans un communiqué commun publié en marge du sommet euro-africain à Malte sur les migrations.

Des casques bleus de la Monusco dépêchés au Burundi ? 

« Il ne faut s’épargner aucun effort pour arriver à stopper les violences et trouver une solution politique à la grave crise qui secoue le pays depuis l’annonce par le président Pierre Nkurunziza qu’il serait candidat à un troisième mandat au printemps », estiment les trois responsables. Des violences qui font désormais craindre des heurts ethniques à grande échelle, après les propos incendiaires tenus par le président du Sénat,  Révérien Ndikuriyo.

Sur place, la situation s’aggrave : depuis le mois d’avril, au moins 240 personnes ont été tuées et plus de 200 000 ont quitté le pays. Conséquence, l’ONU étudie actuellement l’envoi de Casques bleus depuis la RDC voisine. « Nous avons promis de travailler en étroite collaboration et de mobiliser tous nos moyens et instruments pour empêcher une plus ample détérioration de la situation », ont promis les trois diplomates.

Source : jeuneafrique.com


 

La seconde édition du Forum de Dakar pour la paix et la sécurité en Afrique s'est ouverte lundi dans la capitale sénégalaise. Si les chefs d’État étrangers étaient absents, la participation était en hausse.

Ils espéraient le Nigérian Muhammadu Buhari, le Kényan Uhuru Kenyatta ou encore l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Aucun de ces chefs d’État n’aura finalement fait le déplacement à Dakar. Pas plus que leurs homologues malien, Ibrahim Boubacar Keïta, en visite officielle à Luanda pour le quarantenaire de l’indépendance de l’Angola, et tchadien, Idriss Déby Itno, retenu à Ndjamena pour cause de décès dans sa famille. Et finalement, le seul chef d’État présent pour cette seconde édition du Forum de Dakar pour la paix et la sécurité en Afrique était le président sénégalais Macky Sall, hôte de l’événement.

Malgré ces désistements de dernière minute, les organisateurs sénégalais et français se montraient satisfaits. « Le but n’est pas de faire un sommet de chefs d’État dans lequel chacun prononcerait un discours comme à la tribune des Nations unies, mais d’organiser un forum interactif, basé sur le dialogue entre les principaux acteurs qui traitent quotidiennement de ces questions sécuritaires », explique une source diplomatique proche de l’organisation.

Pas de chefs d’État mais plusieurs ministres

Pendant deux jours, près de 800 militaires, diplomates et experts sont regroupés dans la capitale sénégalaise pour se pencher sur les questions de paix et de sécurité sur le continent. Plusieurs ministres ont fait le déplacement pour y participer, tels Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, Tieman Hubert Coulibaly, son homologue malien, ou Ramtane Lamamra et Moussa Faki Mahamat, chefs des diplomaties algérienne et tchadienne. Au menu, plusieurs ateliers et panels consacrés à différents thèmes comme l’évolution de la menace terroriste, la progression de la radicalisation ou encore la modernisation des armées africaines.

« Le nombre de participants a doublé par rapport à l’année dernière, parmi lesquels figurent de nombreux anglophones », se félicite-t-on dans l’entourage de Jean-Yves Le Drian. Les organisateurs, au premier rang desquels Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, souhaitent créer une « culture de la sécurité » sur le continent à travers la pérennisation de ce Forum de Dakar.

Stratégies régionales face à une menace globale

Une volonté partagée par Macky Sall, dont le pays se veut en pointe dans la lutte contre le terrorisme et les opérations de maintien de la paix. « Nos défis sont nombreux. Le terrorisme a tendance à se sanctuariser en Afrique. Ses cerveaux, organisés en réseaux, considèrent l’Afrique comme le ventre mou de leur système international. (…) Pour lutter efficacement contre les terroristes, il faut mettre en place des stratégies régionales, notamment en renforçant la collaboration entre nos services de renseignement », a déclaré le président sénégalais en ouverture du panel de haut niveau, lundi après-midi.

Macky Sall en a aussi profité pour appeler les Nations unies à donner plus de moyens à la Minusma, la mission de l’ONU au Mali. « Quand on va dans le nord du Mali, ce n’est pas pour maintenir la paix, c’est pour faire la guerre. Il faut donner aux Casques bleus les moyens de se battre ». Présent à ses côtés à la tribune, Hervé Ladsous, le chef du département des opérations de maintien de la paix de l’ONU, a lui insisté sur le nécessaire renforcement des capacités de renseignement de ses troupes.

 


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