nzosaba jean bosco

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Célébration du 26eme anniversaire de l’unité des Burundais

 

Les Burundais célèbrent depuis 1991 le 5 février de chaque année l'adoption de la Charte de l'unité nationale et le thème de cette année est "Consolidons l'Unité nationale, source intarissable de paix et de développement durables", comme l'a annoncé le chef de l'Etat burundais, Pierre Nkurunziza, dans son discours à la Nation prononcée la veille de l'évènement.

"Vingt six ans viennent de s'écouler depuis que les Burundais se sont engagés à renouer avec l'Unité. Ils ont ainsi décidé d'éviter tout ce qui pourrait les dresser les uns contre les autres et de combattre toute idéologie divisionniste et quiconque susceptible de les embarquer sur le train des divisions ethniques, régionales, religieuses et autres ...", a déclaré le président burundais.

Il a fait savoir aux Burundais que l'objectif principal de cette journée festive est de faire un examen de conscience, de revisiter leur passé et débattre sur tous les obstacles qui ont mis à mal leur unité surtout à partir de l'invasion du Burundi par ceux qu'il a appelés "les forces impérialistes".

Selon lui, l'organisation socio-économique du Burundi d'avant la colonisation faisait que chaque famille ait des responsabilités au sein de la société dans un contexte de complémentarité interfamiliales et les considérations socio-économiques du Burundi pré-colonial s'articulaient autour du clan.

Il a alors invité les Burundais à restaurer le système des clans laissé par leurs ancêtres, compte tenu de "l'importance du rôle joué par les clans dans la consolidation de l'unité nationale et de l'impact négatif que leur dislocation a eu sur la société burundaise, où certains se sont désintéressés de leurs castes d'origine et ont perdu le sens de l'entraide et de la solidarité".

Le président burundais a reconnu que 26 ans après l'adoption de la Charte, l'unité des Burundais n'est pas un chantier terminé ou bien un sentier battu.

En effet, a-t-il dit, "l'unité, la concorde et l'entraide qui ont caractérisé le peuple burundais doivent être enseignées à toutes les générations et doivent faire objet d'échange et de conversation toujours et en tous lieux".

Il a enfin recommandé à tout Burundais à bannir toute parole et tout comportement divisionniste, rappelant que l'unité nationale doit être considérée comme la strophe et le refrain dans la vie de tous les jours


Vers la restructuration de la REGIDESO

 

Un programme de réformes de la REGIDESO (Régie de production et de distribution de l’eau et de l’électricité) sera mis en œuvre en 2017 pour une bonne performance de cette société, a indiqué mardi le ministre de l’Energie et des Mines, M. Côme Manirakiza, lors de la présentation du bilan annuel 2016 dudit ministère.

Les indicateurs de performance laissent à désirer. Le ministre déplore le fait que la REGIDESO manque encore de plan d’affaires, de plan pluriannuel et annuel, de manuels de procédures et de fiches de fonction à jour, exigés par le cadre règlementaire.

 


Mouvement de grève à l’ETMMI de Bukeye

 

Les élèves du Lycée Technique, Monseigneur Michel Ntuyahaga (ETMMI) de Bukeye en province de Muramvya (centre-ouest) ont organisé lundi matin un mouvement de grève pour manifester contre le non-respect du règlement scolaire et la hausse du minerval de 19 650 FBu à 26000 FBu par trimestre, a-t-on constaté sur place.

 

Ils se sont levés très tôt pour prendre la route Bukeye-Muramvya avec l’objectif de porter leurs plaintes à la Direction provinciale de l’enseignement en province Muramvya. Arrivés à près de 2 km, ils ont été interceptés par la police et mobilisés à quelques encablures du chef-lieu de la province.

 

C’est là que le gouverneur de la province de Muramvya accompagné du Directeur provincial de l’enseignement, du Commissaire provincial de la Police, du Directeur communal de l’enseignement et du Directeur de l’établissement les ont rencontrés.

 

Le gouverneur Emmanuel Niyungeko leur a reproché de s’être donné le droit de manifester sans préavis et qu’ils ne peuvent pas être écoutés pendant qu’ils étaient dans la rue. Il a saisi de cette occasion pour recommander à ces grévistes de retourner à l’école sans conditions. C’est ainsi qu’ils ont rebroussé chemin en direction de l’école.

La Direction provinciale de l’enseignement à Muramvya a indiqué que le ministère de l’Education nationale reconnait que le minerval des élèves internes équivaut à 26 000 FBu par an y compris les 2 000 FBu de livres et de laboratoire.

 


Des détenus burundais rapatriés de la RDC

En RDC, voilà une semaine que les autorités parlent de renvoyer 186 ressortissants burundais, en prison au Congo depuis plus d'un an pour certains d'entre eux, dans leur pays d'origine.

Après avoir reporté l'opération à deux reprises, lundi, le gouverneur du Sud-Kivu a confirmé la tenue, dans un premier temps, d'une réunion de travail sur la question de ces prisonniers.

Selon les autorités du Sud-Kivu, des représentants de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), mais aussi des membres la mission de l'ONU au Congo (Monusco), du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) doivent se pencher aujourd'hui sur le possible renvoi au Burundi de ces 186 ressortissants détenus au Congo depuis un an.

Après avoir, dans un premier temps, confirmé leur volonté de les expulser rapidement, lundi, le gouverneur du Sud-Kivu, Marcellin Cishambo, s'est voulu plus rassurant : « Le mécanisme, c’est de travailler avec les autorités burundaises pour le retour éventuel de ceux qui veulent partir de manière volontaire. La base du volontariat pour le rapatriement, c’est on ne peut plus clair. Tout sera fait dans la transparence, dans les règles de l’art, en respectant les conventions que tous les pays concernés ont signées avec la communauté internationale ».

Accusés d'être entrés illégalement sur le territoire congolais, d'autres sources, militaires cette fois, affirment qu'il s'agit de rebelles burundais infiltrés par le Rwanda pour mener des actions contre Bujumbura. Quoi qu'il en soit, cette possible expulsion inquiète les défenseurs des droits de l’homme qui estiment que ces présumés rebelles pourraient être maltraités ou même tués dans leur pays d’origine.


Le commissaire en charge de la paix et de la sécurité au sein de la Commission de l'Union Africaine (CPS/UA), Ismaïl Chergui (photo, centre), est arrivé à l'aéroport international de Bujumbura mercredi après-midi pour une visite de travail de deux jours au Burundi.

La visite du commissaire Chergui au Burundi intervient au moment où la présidence burundaise vient d'ordonner au MRECI d'enclencher le processus de retrait des troupes burundaises déployés en Somalie dans le cadre de la Mission de l'Union Africaine en Somalie (AMISOM).

Le commissaire Chergui n'a pas fait de déclaration à son arrivée sur l'objet de sa visite comme le programme provisoire de son déplacement à Bujumbura, l'avait prévu.

"Aucun motif officiel n'est spécifié sur l'agenda de cette visite même si un observateur avisé de la scène diplomatique burundaise, peut tenter de le deviner", s'est contenté d'indiquer à Xinhua sous couvert d'anonymat un haut cadre diplomatique relvant du service du protocole du ministère des Relations Extérieures et de la Coopération Internationale (MRECI).

Selon cette source, ce délégué de l'UA prévoit, au cours de son séjour burundais, des entretiens avec les plus hautes autorités burundaises dont le président Pierre Nkurunziza.

Créée par le Conseil pour la Paix et la Sécurité de l'Union Africaine (CPS/UA) le 19 janvier 2007 avec l'aval de l'Organisation des Nations Unies(ONU) à la suite de la guerre civile somalienne, l'AMISOM comptait, début 2016, 22.000 soldats ressortissants de quatre pays contributeurs africains, à savoir l'Ouganda (6000), le Burundi (5400), l'Ethiopie (4400) et le Kenya (3600), en charge de combattre le groupe terroriste somalien connu sous le vocable d'Al-Shabbaab.

Le gouvernement burundais a fixé le 6 janvier 2017 à la CSP/UA comme date butoir de paiement des arriérées de toutes indemnités dues à ses militaires déployées en Somalie dans le cadre de la participation burundaise aux opérations militaires de l'AMISOM faute de quoi il a brandi la menace de retrait de ses soldats.

Les arriérés des indemnités des soldats burundais déployés en Somalie dans le cadre de l'AMISOM, se comptent déjà 11 mois d'impayés à cause d'un "contentieux" survenu en 2016 entre le gouvernement burundais et l'Union Européenne(UE) financière des troupes contributrices.

Au deuxième semestre 2016, l'UE a décidé de durcir les sanctions financières contre le gouvernement burundais, en annonçant sa volonté de "payer directement" aux soldats burundais déployés dans le cadre de l'AMISOM leurs indemnités, sans que celles-ci poursuivent leur transit sur les comptes de l'Etat burundais, en empruntant les créneaux de la Banque de la République du Burundi (BRB).

Le gouvernement burundais a réagi en fustigeant cette décision de l'UE, en invoquant la nécessité de protéger sa souveraineté et le maintien intégral de son autorité sur ses troupes déployés en Somalie.

Le 15 juillet 2011, l'UA et le gouvernement burundais ont conclu un mémorandum d'entente dans le cadre du partenariat en ce qui concernant les relations les liant au niveau de l'AMISOM ; lequel mémorandum prévoit la possibilité du retrait "définitif de ses troupes en cas de violation des clauses de ce pacte par l'une des parties prenantes.

La présidence burundaise souhaite que le MRECI réfléchisse sur les modalités pratiques de retrait de ces troupes avant les assises du prochain sommet des chefs d'Etat et de Gouvernement de l'UA, prévu à Addis-Abeba(Ethiopie) les 30 et 31 janvier 2017, ainsi que de veiller à ce que cette tribune africaine en soit largement informée.

En novembre dernier, l'UA avait rejeté "fermement" la décision de l'UE de suspendre le paiement des salaires des soldats burundais déployés en Somalie dans le cadre de l'AMISOM, sans écarter "les lourdes et négatives conséquences de la décision européenne sur les opérations de l'AMISOM et sur les avancées sécuritaires déjà acquises" en Somalie. 

 


Le 2ème vice président de la République du Burundi, M. Joseph Butore a réuni ce jeudi 11 février 2016 les différents intervenants dans le domaine des minerais en vu d’être éclairé sur les causes des diminutions des rentrées des revenus provenant de l’exploitation des minerais, a-t-on constaté sur place dans une salle de la deuxième-vice présidence de la République.

Alors que l’Etat a tout fait pour réformer le secteur des mines en mettant en avant la bonne gouvernance et la transparence en ce qui concerne l’exploitation et la commercialisation des minerais en mettant même en place le code minier pour réglementer le secteur minier, le 2ème vice président s’étonne que les rentrées vont en décroissant.

Les chiffres qui montrent comment les minerais sont commercialisés ces dernières années vont en décroissant. Prenant l’exemple de l’or, il a montré qu’en 2013, 2823 kg d’or ont été exportés d’après les chiffres à la disposition de l’Etat. En 20014, ils étaient 649,72 kg et en 2015, 411 kg ont été exportés, cela étonne car l’Etat avait tout fait ces dernières années pour réformer ce secteur minier comme prévu dans la vision 2025.

Prenant l’exemple de 2012, Joseph Butore a indiqué que les chiffres montrent que le secteur minier a généré 1.700.000 dollars américains alors que les chiffres de 2015 montrent seulement 900.000 dollars américains, ce qui atteste que les rentrées vont en décroissant alors que les chercheurs disent que le Burundi est gorgé de minerais.

Il a mentionné qu’en République démocratique du Congo voisin du Burundi, il y a beaucoup de minerais. Le problème d’insécurité qui y régnait a poussé les autres pays de la sous région à se mettre ensemble et faire un accord sur l’exploitation des minerais dans la transparence. Le Burundi a alors mis en place des règlements permettant la mise en place de cet accord.

M. Butore a signalé que l’Etat a le droit d’avoir des dividendes provenant de ce secteur. C’est pour cela qu’il avait invité les représentants du ministère de l’Energie et des Mines à commencer par le ministre lui-même, le ministre des Finances, le premier-vice gouverneur de la Banque de la République du Burundi (BRB), le commissaire général de l’Office burundais des recettes (OBR), le représentant des services aéroportuaires, les commerçants des minerais et d’autres.

Cette réunion a alors pour objectif de laisser tout le monde s’exprimer, et voir où réside le problème et trouver des solutions appropriées.

 


 

Le commissaire général de l’Office burundais des recettes (OBR), M. Domitien Ndihokubwayo, a animé ce mardi 9 février, à Bujumbura, une conférence de presse pour présenter le rapport des réalisations de l’année 2015 en général et celui du 4ème trimestre 2015 (octobre-décembre) en particulier.

Les recettes totales au cours de l’année 2015 n’ont pas été bonnes suite à la situation d’insécurité qu’a connue le pays, a indiqué M. Ndihokubwayo, précisant que seuls 590,6 milliards de francs burundais ont été collectés contre une prévision de 720 milliards de francs burundais.

Toutefois, l’OBR a enregistré des réalisations, a déclaré son commissaire général, citant entre autres le déploiement de ses agents aux ports de Dar-Es-Salam en République Unie de Tanzanie et à Mombasa au Kenya, ainsi que l’électrification du poste de Kobero à Muyinga (nord du pays). Ceci va permettre à la population environnante de s’approvisionner en électricité, a signalé M. Ndihokubwayo. Par ailleurs, a-t-il ajouté, il y a eu même des formations et recyclages pour le renforcement des capacités du personnel de l’OBR. Néanmoins, 11 employés de l’OBR ont été licenciés pour cause de corruption, a indiqué M. Ndihokubwayo, qui a en outre fait savoir que l’OBR reste confronté à l’absence du système informatique au niveau des postes intérieurs qui pourrait faciliter la communication entre ces derniers et la centrale.

Selon toujours M. Ndihokubwayo, l’OBR prévoit, comme perspectives pour l’année 2016, collecter 678 milliards de francs burundais, recruter 100 nouveaux employés supplémentaires et remplacer 30 employés dont certains ont été révoqués et d’autres promus ailleurs. Il va aussi construire son propre bâtiment qui servira de siège social, mettre en place une stratégie de lutte contre la fraude et la corruption au sein de l’OBR, a indiqué M. Ndihokubwayo, ajoutant que l’OBR va continuer des rencontres avec les contribuables afin de les convaincre à déclarer et payer les impôts.

Selon le rapport, les recettes collectées durant la période d’octobre à décembre 2015 sont de 157,84 milliards de FBu, au moment où les exonérations douanières accordées au cours de cette même période s’élèvent à 14,70 milliards de FBu.

Egalement, continue le même rapport, dans l’objectif d’appliquer la tolérance zéro à la corruption et de lutter contre la fraude, un montant de 190.406.040 FBu a été recouvré grâce aux saisies faites par l’unité chargée de l’intervention rapide.

Notons que le gouvernement a octroyé à l’OBR une parcelle à Kigobe, mesurant 1,5 ha de superficie, sur laquelle sera érigé son siège social, a déclaré M. Ndihokubwayo.

 


Après le rejet de l’envoi des troupes au Burundi par le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) tenu le weekend dernier à Addis-Abeba, le gouvernement du Burundi salue la décision de ne pas envoyer de telles troupes sans la demande ni le consentement du peuple burundais qui a jugé inopportun un tel déploiement, d’autant plus que les forces de défense et de sécurité burundaises assurent la sécurité de tout le territoire et de toute la population, et même au-delà des frontières burundaises, sur demande de la communauté internationale, indique un communiqué du gouvernement du Burundi.

Ce dernier salue par ailleurs la décision prise par l’UA d’envoyer une mission de haut niveau au Burundi. Une telle mission avait été pourtant demandée et à maintes reprises par le gouvernement du Burundi car, c’est la seule occasion de se rendre compte de la réalité politico-sécuritaire qui prévaut au Burundi, après avoir visité le pays et sa population. Le gouvernement fait savoir que « c’est par là que le conseil de paix et de sécurité de l’UA aurait dû commencer avant de prendre, sur base de rapports erronés et manipulés, la décision inappropriée d’envoyer la MAPROBU, une force qui ne pouvait savoir où se déployer et surtout entre quels belligérants, puisqu’il n’y en a pas ».

Le gouvernement du Burundi condamne par ailleurs « la persistance des opinions pour qui l’envoi de ces forces étrangères au Burundi reste une préoccupation principale et qui n’hésitent pas à recourir à des manœuvres malhonnêtes comme la production des rapports falsifiés et accablants, jusqu’à produire des images truquées dans le but d’influencer les décisions des hautes instances internationales ». « C’est le cas, d’après le gouvernement du Burundi, de la récente publication, par l’ONG Amnesty international, des images qui, selon elle, auraient été prises par satellite espion, des photos que l’ONG qualifie d’évidence de probables charniers au Burundi, deux jours seulement avant la tenue du sommet ».

Il condamne cette nouvelle tentative d’Amnesty international de « ternir encore une fois l’image du pays, et trouve que la diffusion de ses prétendues images-satellites montrant la terre ou le sable retournés, dans des régions essentiellement agricoles, ne constituent en aucune manière une preuve matérielle de l’existence de charniers au Burundi ». Le gouvernement du Burundi demande à Amnesty international de plutôt « orienter les projecteurs et braquer les caméras de ses satellites espions sur les camps de recrutement et d’entrainements militaires de réfugiés burundais au Rwanda voisin, des activités qui n’hésitent pas d’impliquer même des enfants soldats, ce qui, sous d’autres cieux, constitue un crime contre l’humanité et une violation grave du droit international humanitaire ».

Le gouvernement du Burundi a par ailleurs accueilli positivement la recommandation du sommet de poursuivre le dialogue inter burundais déjà lancé sous les auspices du président Ougandais Yoweri Kaguta Museveni. A cet effet, il voudrait rappeler « qu’il a toujours mis en avant le dialogue et qu’il n’attend que l’arrivée au Burundi d’une délégation ougandaise pour discuter des modalités pratique de sa poursuite afin de parvenir à des conclusions constructives ».

Le gouvernement du Burundi tient à rassurer, une fois de plus, la communauté tant nationale qu’internationale, « qu’il n’y aura pas de génocide au Burundi, et que le peuple burundais s’opposera par tous les moyens à tous ceux qui voudront imposer ce génocide par quelque voie que ce soit, comme prétexte pour installer un pouvoir qui n’aura pas été l’émanation de sa volonté par voie démocratique ».

 


 

 

L’envoyé spécial américain pour les Grands Lacs poursuit sa tournée dans la région. Après le Rwanda et l’est de la République démocratique du Congo, Tom Perriello est de passage à Kinshasa avant de se rendre au Burundi. Entretien.

RFI : Le président rwandais Paul Kagame est officiellement candidat. Votre pays s’est dit déçu de cette candidature mais le commentaire du département d’Etat semblait moins fort que ceux qu’on avait pu entendre avant cette annonce. Qu’en est-il ?

Tom Perriello : En fait, les Etats-Unis se sont dits « profondément déçus » et publiquement par sa décision de modifier la limite constitutionnelle du nombre de mandats, mais aussi de la manière dont le référendum constitutionnel a eu lieu juste avant Noël. Et si vous avez suivi le fil Twitter du président Kagame, vous aurez noté que ce message a retenu l’attention et a reçu une réponse. J’étais à Kigali ces derniers jours. Et nous prenons au sérieux les changements constitutionnels et des règles pour maintenir un homme au pouvoir. Mais aussi le problème de la restriction de l’espace politique.

RFI : Est-ce que vous considérez la possibilité d’imposer des sanctions ?

Nous avons beaucoup de discussions à Washington et dans la région sur les conséquences à tirer suite à des décisions dans la région relatives à la limite du nombre de mandats ou sur l’usage de la répression, et c’est également un sujet ici en RDC. Nous allons faire le tour des options pour régler cette situation comme nous allons continuer de féliciter ce pays pour les aspects positifs et notamment la contribution aux opérations de maintien de la paix et ses efforts dans la lutte contre l’extrême pauvreté. Nous avons en tout cas exprimé publiquement notre inquiétude à ce propos, comme à propos des informations crédibles faisant état de recrutement de combattants dans les camps de réfugiés, ce qui est évidemment interdit par les lois internationales.

RFI : Pour le M23, les Etats-Unis avaient décidé de prendre des sanctions pour protester contre le soutien à une rébellion étrangère. Quel devrait être, selon vous, la prochaine étape dans ce cas de figure ?

Le Rwanda est parfaitement au courant de la volonté du gouvernement américain d’imposer des mesures dans les situations similaires à celles du M23. Nous avons exprimé un certain nombre d’inquiétudes publiquement et en privé à propos de la crise au Burundi. J’ai moi-même rencontré certains des anciens enfants-soldats burundais arrêtés ici en RDC. Et nous allons continuer de garder l’œil sur cette situation et continuer de signaler à tous, amis comme ennemis, les activités qui n’aident pas à la résolution de la crise. Mais le plus important, c’est de parvenir à accélérer la reprise du dialogue voulu par la région. Nous sommes contents de voir un nouvel élan du côté de la communauté des Etats d’Afrique de l’Est et même un soutien du Rwanda pour ce processus, mais les nouvelles autorités en Tanzanie semblent sérieuses dans leur intention de tenir ces pourparlers. Parce que nous continuons de penser que la solution au Burundi, c’est de réunir les acteurs pour un dialogue crédible.

RFI : Avez-vous évoqué cette question du dialogue avec le président burundais ?

Je pars ensuite au Burundi. Mais nous sommes restés en contact étroit avec le gouvernement du Burundi. Le côté positif, c’est que les discussions aujourd’hui portent plus sur la forme du dialogue et la date pour la prochaine rencontre que sur la nécessité du dialogue. Le gouvernement a accepté qu’un dialogue à l’extérieur du Burundi est nécessaire. Il a fait part de ses inquiétudes, certaines sont compréhensibles, d’autres un peu moins sur la manière dont les choses doivent se passer. Nous avons dit à plusieurs reprises à l’Ouganda comme à la communauté des Etats de l’Afrique de l’Est que la tenue de ce dialogue était urgente. Parce que de notre point de vue, le temps n’est pas l’allié de la paix au Burundi.

RFI : Le Burundi continue d’envoyer des soldats et des policiers dans les opérations de maintien de la paix. Cela signifie que les Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine continuent d’appuyer financièrement le gouvernement. Or, cet argent pourrait servir à la répression.

Ce que nous comprenons de l’article 96 [des accords de Cotonou, NDLR], c’est que l’Union européenne ne pourra plus financer le gouvernement du Burundi. Maintenant, c’est à l’UE et l’UA de voir ce qu’il est nécessaire de faire, parce que l’Amisom est une mission importante. Mais nous avons effectivement entendu des inquiétudes exprimées quant à la présence de ces contingents là-bas. 

RFI : Est-ce que vous pensez que c’est réellement possible d’avoir une mission d’enquête indépendante, notamment sur la question des fosses communes et des viols ?

Nous pensons vraiment qu’une enquête neutre est nécessaire, qu’elle soit menée par l’UA ou par d’autres. Mais que cela devrait être couplé avec le fait de rendre des comptes que ce soit pour les crimes commis par un camp ou un autre. Il est très clair que des actes terribles ont été posés par le gouvernement, comme par l’opposition et que cela ne doit pas rester sans suite. L’absence de médias indépendants et de la société civile, à cause des fermetures des médias, des restrictions imposées par le gouvernement, est très inquiétante. Et les efforts du gouvernement pour empêcher les experts de l’UA de se déployer comme ils le devraient sur le terrain… Comme je l’ai dit au gouvernement, quand vous empêchez les gens de voir ce qui se passe sur le terrain, vous ne devriez pas être surpris que les gens se posent des questions sur ce que vous craignez qu’ils découvrent. Donc pour nous, les enquêtes, les poursuites judiciaires contre toutes les parties au conflit et la réouverture des médias sont une urgence.

RFI : A propos de la République démocratique du Congo, vous revenez d’une tournée dans l’est. A Miriki, les casques bleus sud-africains, l’armée et la police sont accusés de n’avoir rien fait pour empêcher un massacre. Est-ce que cela vous inquiète ?

Je crois que c’est toujours important d’enquêter sur ces incidents tragiques. Et ce que je crois comprendre, c’est que la Monusco est en train de le faire. Nous sommes inquiets de la montée des tensions ethniques dans certaines zones de l’est, des tensions qui sont dues en partie aux offensives contre les FDLR et d’autres groupes. Nous pensons que c’est important de connaître les faits et de savoir si certaines choses ont été mal faites. Pour le côté position, il y a des progrès qui semblent avoir lieu sur le plan des opérations conjointes. Je pense que plus les missions de la Monusco, la coopération seront claires, moins il y aura de place pour l’ambigüité sur ce que les casques bleus sont censés faire pour protéger les civils et les actions qu’ils peuvent mener. Mais nous savons que c’est en train d’être examiné.

RFI : Qu’est-ce qui doit être fait selon vous en ce qui concerne le dialogue convoqué par Joseph Kabila et, plus important encore, pour que les élections aient lieu cette année en RDC ?

Je crois qu’avant toute chose, il faut que l’espace d’expression pour les citoyens soit protégé et que le gouvernement a une obligation particulière de permettre aux citoyens de s’exprimer, mais également de le faire sans menaces et intimidations. Nous avons trop souvent vu dans la région que quand les gouvernements essaient de criminaliser leur opposition et de la réprimer fortement, cela est non seulement mauvais pour la liberté d’expression mais pour le gouvernement lui-même. Donc notre message aujourd’hui c’est que, peu importe le processus, que ce soit le dialogue ou d’autres moyens, il faut que cela se déroule dans un environnement sans intimidation. Quand une opposition ne peut pas s’exprimer sans crainte ou par des voies légales, cela devient vraisemblable qu’ils essaient de s’exprimer par d’autres moyens. C’est pourquoi c’est important que le gouvernement, non seulement ne viole pas les droits de ses citoyens, mais de s’assurer de manière proactive qu’un espace d’expression existe et que les droits de l’homme puissent prospérer.

RFI : On entend de plus en plus qu’il pourrait être difficile de tenir les élections dans les délais prévus par la Constitution, notamment à cause de la révision du fichier électoral qui a pris du retard. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’il y a un désaccord sur le sujet. L’opposition croit qu’il existe des sociétés crédibles qui pourraient mener ce travail en six mois. C’est aussi ce qu’on entendait du côté de la Céni [Commission électorale nationale indépendante, NDLR], même si la Céni donne aujourd’hui une autre version à ce propos. Ce que nous croyons, c’est que l’un des moyens de faire baisser la tension aujourd’hui, ce serait de commercer dès maintenant à enrôler les électeurs vu que tout le monde pense aujourd’hui que c’est l’une des opérations qui pourrait prendre le plus de temps.

Mais malheureusement, il n’existe pas aujourd’hui suffisamment de confiance entre l’opposition et la majorité, ce qui empêche toute prise de décision à ce sujet. Nous pensons que c’est primordial de protéger la Constitution. Je pense que certains ont le sentiment que le dialogue en RDC, c’est une tradition qui remonte à l’époque de Mobutu.

Mais le dialogue national, c’était après 40 ans de dictature. Et quand les gens se sont assis à Suncity, c’était après une guerre civile. Et je pense que parfois les gens ne donnent pas assez de crédit à la RDC. C’est une démocratie constitutionnelle. Ce serait vraiment malheureux que les gens remettent en cause tous les progrès accomplis et balaient d’un revers de la main le point auquel les Congolais sont attachés à leur Constitution.

C’est ce que j’entends le plus quand je voyage à l’intérieur du pays, qu’il y avait une raison pour laquelle les gens ont fini par s’entendre et rédiger cette Constitution : ils voulaient mettre toutes ces crises derrière eux, cette époque où tout se décidait par la guerre et les pourparlers de paix, et c’est pourquoi je crois qu’on sent une résistance au sein de la population à l’idée de se démarquer du cadre constitutionnel.

Par Sonia Rolley

 

 


 

 

 

Heurs et malheurs du « modèle burundais »

Par André Guichaoua

 

Professeur des universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Lors de leur accession à l’indépendance en juillet 1962, les deux petits royaumes enclavés qui composaient la colonie belge du Ruanda-Urundi se séparèrent. Au Rwanda, les élus hutu du « peuple majoritaire » s’étaient emparés du pouvoir dès 1959 en chassant les élites tutsi promues par les autorités coloniales belges puis en proclamant la République. Entre 1959 et 1967, les affrontements firent des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de réfugiés très majoritairement tutsi.

Au Burundi à l’inverse, un noble tutsi accédait au pouvoir à la tête d’un parti multiethnique et la monarchie constitutionnelle était consacrée. Mais très vite, le contrecoup de la révolution politique rwandaise et la cristallisation des références ethniques qui l’a accompagnée vont le gagner. Les deux pays connaîtront ensuite des cycles de crises meurtrières en miroir où les acteurs politiques jouèrent délibérément des fantasmes et peurs collectifs pour mobiliser les « peuples » et surimposer les identités ethniques à toutes autres formes d’appartenance et de solidarité sociales. Au Burundi en 1972 – lors du génocide dénié des populations hutu qui fit entre 100 à 200 000 victimes – et 1993 ; au Rwanda en 1973 et 1994 – lors de la guerre et du génocide où plus de 800 000 tutsi et des dizaines de milliers de hutu furent massacrés.

Au Burundi, si la mainmise des élites tutsi sur le pouvoir se prolongea jusqu’en 1993, les premières élections démocratiques élirent un président de la République hutu, Melchior Ndadaye. Trois mois après, lors d’une tentative de putsch dirigée par des militaires tutsi, son assassinat et celui de la plupart des hauts dignitaires du pays, déclenchèrent des massacres et une sévère répression militaire qui firent plus de 100 000 morts hutu et tutsi, ainsi que des centaines de milliers d’exilés et de déplacés. Le pays sombra alors dans une longue guerre civile qui coûta quelque 200 à 300 000 victimes.

Confrontés à une nouvelle dérive institutionnelle, le Burundi échappera-t-il cette fois à une rechute sanglante face à l’exploitation politicienne des peurs et des passions ?

2005-2010 : une stabilisation fragile

Au terme de douze années de guerre civile, de négociations et de transition politique, le référendum de février 2005 instaurait au Burundi un nouvel ordre constitutionnel établissant une démocratie consensuelle fondée sur le partage du pouvoir à tous les niveaux. Sa tenue, la participation exceptionnelle des électeurs (90 %) et la majorité écrasante qui en ressortait (91 %) mettaient fin aux manœuvres politiciennes à l’origine de nombreux reports, aux frustrations, surenchères et lectures divergentes des concessions des uns et des autres. La voie était ainsi ouverte aux scrutins qui devaient sceller le retour de la paix et de la stabilité.

Lors des élections générales qui ont suivi, quelque 80 % des suffrages se portaient sur les deux grands partis pro-hutu (CNDD-FDD et Frodebu) et confirmaient la volonté majoritaire qui s’était déjà exprimée en 1993 lors des premières élections libres et pluripartites du Burundi indépendant au profit du Frodebu (Front pour la démocratie au Burundi) de Melchior Ndadaye. En 2005, les électeurs, qui voulaient la paix, donnaient une large majorité dans les deux chambres au CNDD-FDD, le mouvement le plus puissant de la rébellion hutu susceptible de s’imposer aussi bien vis-à-vis de l’ex-armée régulière que des autres rébellions émanant du camp hutu. Réunies en congrès le 19 août, ces deux chambres élisaient Pierre Nkurunziza président de la République.

Suivaient cinq années de rodage des nouvelles institutions et de décantation politique au cours desquelles les oppositions se déchiraient, alors que le CNDD-FDD parachevait son implantation nationale, sans échapper lui-même à une succession de crises internes de leadership et de répartition des dividendes du pouvoir entre les cadres militaires du parti. Quant au président Nkurunziza, ne pesant guère sur des conflits qui lui échappaient largement, il usait de son charisme personnel lors d’innombrables contacts avec les populations rurales pour incarner aux yeux de la population une unité par défaut.

Quelques mois avant la fin de la législature en 2010, une reprise en main du parti CNDD-FDD par son noyau militaire, le renouvellement de la quasi-totalité de ses élus en fin de mandat et la reconduction par les « généraux » du président sortant, sorti indemne des luttes internes, lui permettaient d’affronter le verdict des électeurs sans trop de crainte.

Les élections de 2010 se jouaient sur le seul scrutin communal qui enregistrait en mai un soutien massif des populations rurales envers les candidats présentés par le CNDD-FDD avec 64 % des voix. Ce résultat traduisait l’aspiration à la stabilité des électeurs appelés, pour la première fois dans l’histoire du pays, à voter au terme normal d’une échéance électorale. Mais la forte participation électorale et les scores obtenus par le CNDD-FDD exprimaient aussi un réel satisfecit envers un pouvoir qui avait su apaiser les divisions ethniques et surtout réussi l’intégration des forces armées à parité ethnique, désormais sous le contrôle de l’exécutif et « réconciliées avec le peuple ».

De même, la population accédait à de nouveaux espaces de liberté grâce à la multiplication des radios indépendantes et à la vitalité de la société civile. Mauvaises perdantes, les formations politiques de l’opposition boycottaient la suite du processus électoral. Mot d’ordre que la majorité des électeurs refusèrent en apportant leur voix au CNDD-FDD aux scrutins législatif et présidentiel suivants. L’absence quasi totale d’élus des partis de l’opposition aux divers échelons de la représentation nationale donnait les pleins pouvoirs au parti CNDD-FDD et Pierre Nkurunziza, seul candidat, était élu en juin 2010 sans faire vraiment campagne avec un score de 91 % et un taux de participation de 77 %.

2010-2015 : le premier « vrai » mandat de Pierre Nkurunziza

Choisie par la population et les militants sur les collines, cette génération d’élus « civils » qui prenaient le contrôle des administrations communales et provinciales ou qui entraient au Parlement tiraient désormais leur légitimité des urnes et non de leurs faits d’armes dans la rébellion. Ces représentants de la « majorité démocratique » n’avaient plus à être adoubés par des instances informelles du parti (les « militaires », le « conseil des sages », etc.) et pouvaient s’émanciper.

Il en allait de même de Pierre Nkurunziza, installé puis reconduit dans ses fonctions présidentielles par les militaires du parti, désormais plébiscité par le suffrage populaire. Il lui fallut deux ans pour évincer plusieurs des « militaires » de la direction du parti, installer une équipe dirigeante acquise à sa personne et s’assurer le contrôle effectif de la Ligue des jeunes du parti, les Imbonerakure (« Ceux qui voient loin » en français). Ses membres assurent généralement sur les collines et dans les quartiers urbains l’encadrement, la mobilisation et la « sensibilisation » des populations.

Après l’élection de Pascal Nyabenda, en avril 2012, à la présidence du parti CNDD-FDD, la nouvelle direction reprenait en main ces jeunes sous la direction du général Adolphe Nshimirimana, l’homme chargé du renseignement, et du commissaire de police principal, Gervais Ndirakobuca – les plus fidèles soutiens de Pierre Nkunrunziza. Avec un objectif principal : développer le mouvement au sein de la police, de l’armée, des administrations publiques puis de l’implanter dans les milieux intellectuels.

Ainsi, les jeunesses Imbonerakure se sont installées comme une force politico-militaire puissante permettant à Pierre Nkurunziza de s’imposer au cœur du dispositif du pouvoir, et donc comme le candidat incontournable du parti vis-à-vis des deux autres forces susceptibles de le concurrencer avec un candidat issu de ses rangs (la Police) ou de s’opposer à ses ambitions en tant que garante de la Constitution (les Forces de défense nationale, FDN). Avec les Imbonerakure, la présidence disposait d’une force totalement dévouée, assurant l’hégémonie du parti sur les collines et dans les quartiers des communes sans avoir à solliciter les représentants des autres forces de maintien de l’ordre.

C’est ainsi qu’au terme de ses dix années à la tête de l’État, le président Nkurunziza a progressivement modifié en sa faveur les rapports de force entre les différentes instances du pouvoir et les diverses composantes du parti. Il a notamment consolidé des liens de solidarité durables avec tous ceux qui se consacrent au renforcement du parti parce qu’ils en vivent – directement ou indirectement – dans les collectivités et administrations territoriales, les projets de développement, etc.

Ainsi peut-on mieux comprendre pourquoi, après avoir enfin réussi à concentrer en leurs mains les outils et les ressources du pouvoir, il leur apparaissait insupportable d’y renoncer. Et ce d’autant plus qu’il restait une étape importante à franchir pour assurer la pérennité du « Burundi refondé », et donc aussi celle du pouvoir CNDD-FDD, à savoir modifier la Constitution, notamment les articles relatifs au partage du pouvoir, et la dissocier des accords d’Arusha.

L’irruption des aspirations démocratiques dans la campagne électorale de 2015

Comme en 2010 déjà, le ministère de l’Intérieur a reconfiguré le champ des partis agréés si bien que l’entrée en campagne a été marquée, des mois à l’avance, par une montée des violences, de la répression et des attaques contre toutes les catégories d’opposants avérés ou potentiels. Étant donné les divisions structurelles de l’opposition, personne ne doutait vraiment que le CNDD-FDD gagnerait les élections dont l’enjeu se concentrait sur la majorité des deux tiers dont le CNDD-FDD avait besoin pour changer la Constitution.

Le 25 avril 2015, lorsque le Congrès du parti a entériné la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat au terme d’un laborieux parcours procédural, les autorités s’attendaient certes à de vives contestations tout en estimant pouvoir venir à bout des protestations politiciennes sans avoir à surmonter beaucoup plus de difficultés qu’avec ses propres frondeurs. Mais, paradoxalement, le verrouillage de la campagne électorale qu’aucun candidat ou parti n’avait pu briser a brutalement volé en éclats.

L’irruption d’une contestation spectaculaire, déterminée et durable, mobilisant de larges secteurs de la population de Bujumbura ne faisait pas partie des scénarios envisagés par les partisans du président Nkurunziza comme par les opposants, d’ailleurs. Invoquant pêle-mêle les accords d’Arusha, la paix retrouvée, l’armée garante des institutions, les médias libres, les réseaux sociaux, tout un peuple s’est émancipé chaque jour un peu plus de ses peurs. Et il est rapidement devenu évident que cet impressionnant mouvement d’opposition puis de résistance allait bien au-delà du refus du troisième mandat.

Plus profondément, la rupture générationnelle qui s’exprime alors illustre la désillusion des jeunesses urbaines et rurales sans travail en ville ou condamnés à la survie sur des parcelles de terre étriquées. Confrontées à l’impuissance du nouveau régime à desserrer les contraintes économiques et offrir des perspectives d’avenir, elles refusent le retour à un ordre autoritaire qui ne cesse de restreindre les libertés individuelles et collectives et de renforcer l’encadrement des populations.

La dimension politique de cette révolte se prolonge au travers d’une double exigence éthique de respect de la dignité des citoyens et de moralisation des élites au pouvoir. Des aspirations comprises voire partagées par tous, au-delà des ethnies et des régions d’origine, mais que ces élites ne peuvent ou refusent d’entendre.

Le 13 mai 2015, après la tentative avortée du haut commandement de l’armée de suspendre le président de ses fonctions, le camp présidentiel peut enfin rétablir l’ordre en usant de toutes ses forces avec l’interdiction durable de toute diffusion d’informations indépendantes, l’éviction des officiers et militaires hostiles à la répression de manifestants pacifiques, la soumission des quartiers contestataires. S’enclenche alors un processus de montée des violences, des tueries, des exactions, des opérations coups de poing des opposants, d’assassinats ciblés croisés accompagnés de défections de militaires et de policiers, de fuites en exil des militants et l’installation durable de camps de réfugiés aux frontières.

C’est dans ce contexte que les élections se déroulent, en juillet 2015, à seule fin de valider formellement la reconduction de l’équipe sortante et de ses partisans avec des scores autorisant à l’avenir les modifications constitutionnelles nécessaires pour en finir avec les subtilités de la démocratie consociative instaurée par les accords d’Arusha. À la fin du mois, la reprise en main des forces de sécurité, la consécration du CNDD-FDD comme parti unique de facto, le renouvellement des chambres, la reconduction du Président et la mise en place d’un nouveau gouvernement sont assurés.

Et maintenant, quelles issues ?

Six mois après, selon les autorités, la « situation sécuritaire est maîtrisée », l’ordre et la paix règnent au Burundi. Mais on peut penser aussi, certains jours, que les attaques de groupes armés et les opérations de représailles de forces paramilitaires s’apparentent plus à un contexte de guerre civile aussi bien dans la capitale que dans de nombreuses communes de l’intérieur. Pour autant, l’intervention d’une opération de maintien de la paix régionale ou internationale suscite un scepticisme général et se heurte, d’un côté, à une opposition déterminée des autorités burundaises et, de l’autre, aux réticences diplomatiques habituelles en matière de souveraineté des États.

Sur le plan politique, la plupart des chefs de l’opposition et de nombreux ex-dignitaires du régime se sont exilés, sans guère de prise sur la situation intérieure. Bien que regroupés au sein du Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha et de l’État de droit (CNARED ), qui exige toujours le départ du Président, il est souvent difficile de savoir qui parmi eux s’exprime au nom du collectif, voire même si le refus de la lutte armée fait l’unanimité en son sein. Du côté des autorités, les « institutions fonctionnent », dit-on, et malgré les velléités de tel ou tel, il n’y aurait rien à négocier non plus.

Pour le pouvoir, le temps jouerait apparemment en sa faveur et lui permettrait de consolider le statu quo. À ce stade de la déstabilisation, alors que bien des ressources politiques peuvent encore être mobilisées pour aggraver les tensions et radicaliser les protagonistes, aucun camp ne peut imaginer qu’il maîtriserait ou surmonterait les conséquences d’une escalade délibérée de la violence. Les autorités se délégitimeraient, les nouvelles rébellions ne pourraient contenir les représailles et s’isoleraient.

On peut cependant en douter pour deux raisons. La première tient à la capacité des autorités à desserrer l’étreinte financière imposée par les bailleurs de fonds et échapper à un collapse économique. L’économie mafieuse peut pallier un temps, mais le Burundi n’est pas l’est de la République démocratique du Congo (RDC), contrairement à bien des analogies propagées.

La seconde, plus décisive, est d’ordre politique. Le « modèle burundais » qui s’est progressivement construit au début des années 2000 avec la signature des accords de cessez-le-feu et le retour progressif de la paix n’a pu s’imposer que grâce à l’exceptionnelle capacité de recomposition des liens sociaux dont les populations ont fait preuve. En effet, malgré la guerre civile, le travail méthodique de déstructuration et de fragmentation des liens sociaux parallèle à l’exacerbation des références ethno-identitaires menée par les appareils militaires en compétition n’a jamais pu transgresser les références et les institutions qui soudent l’unité nationale. Ce sentiment d’appartenance partagé fonde la forte résilience du cadre politique et des institutions. Il explique aussi la grande maturité politique des électeurs burundais chaque fois qu’ils ont pu s’exprimer librement.

L’actuelle mise en échec de ce modèle ne tient ni aux principes des accords, ni au cadre constitutionnel. Le « modèle burundais » né des accords d’Arusha exigeait bien trop de vertu de la part de ceux à qui il revenait de le conforter. C’est cette leçon que tous les Burundais (dés-) abusés retiennent et partagent actuellement. Elle repose sur quelques constats factuels qui font l’unanimité, malgré la chape de silence qui s’est abattue sur le pays :

  1. L’initiative de la crise actuelle échoit à l’actuelle équipe dirigeante qui, en toute connaissance de cause, a pris le risque de compromettre les acquis de la paix et de la réconciliation. Aujourd’hui comme hier, aucune volonté collective ni nécessité d’intérêt national n’étayent le bien-fondé et l’opportunité de ce choix de convenance personnelle. De même, pour l’avenir prévisible, alors que la guerre et la misère s’installent, aucun bénéfice identifiable n’en ressort en matière de paix, de stabilité et de développement ;
  2. Quelles que soient les sensibilités politiques, les mises en scène officielles obligées ne suffisent pas à garantir l’existence d’un soutien populaire résolu et durable et plus encore n’attestent la « disponibilité au sacrifice » présumée des cadres et militants du CNDD-FDD et de l’appareil d’État solidaire. Le soulagement que la population a massivement exprimé le soir du 13 mai à Bujumbura ou fait connaître avec prudence dans la plupart des provinces du pays, après une tentative de putsch militaire avorté, reste dans toutes les mémoires. Tout comme les artifices auxquels les autorités ont dû sans cesse recourir pour arriver à des résultats présentables au terme du chemin de croix électoral de juin-juillet 2015.
  3. Enfin et surtout, la désapprobation des violences, de la terreur et des exclusives manifestée par les populations démontre clairement que l’obligation de participer à une guerre civile n’a pas encore gagné les esprits de la majorité des Burundais. D’où que viennent les sollicitations, personne ne croit que la paix reviendra par la voie des armes et de la contrainte.

Au regard de ces antécédents, les Burundais – qui ont depuis des mois fait preuve d’un courage, d’une constance et d’une maîtrise exceptionnels pour contenir la dérive guerrière et en affronter les conséquences dramatiques – n’ont guère d’autre choix que d’imposer eux-mêmes aux armes de se taire. Il faut pour cela que les forces de paix puissent à nouveau s’exprimer et que leur parole soit audible. C’est à elles d’imposer l’ouverture de négociations pour rétablir et enrichir le « modèle burundais".

 

 

 

Burundi : S'alarme-t-on trop vite, ou faut-il intervenir avant qu'il ne soit trop tard ?

Jeune Afrique, 25 janvier 2016

Burundi : une peur bleue

Alors que le pays s'enfonce dans la violence, un rapport onusien, divulgué début janvier, évoque différents scénarios. Y compris celui d'un génocide. S'alarme-t-on trop vite, ou faut-il intervenir avant qu'il ne soit trop tard ?

Qu’importe que les bruits qui courent soient vérifiés ou que les inquiétudes soient fondées. Ici, à Ruhororo, on a peur, de cette peur qui paralyse, et rien d’autre ne compte. Dans ce site de « déplacés intérieurs » qui ont fini par se sédentariser, le poids du passé l’emporte sur les réalités du présent.

Les massacres de 1993 consécutifs à l’assassinat du premier président élu au suffrage universel, Melchior Ndadaye, un Hutu, qui avaient obligé ces hommes, ces femmes et ces enfants à fuir leurs collines et à se réfugier ici, font partie de leur ADN. « On est des Tutsis au milieu de Hutus. Depuis des mois, on nous menace, on nous observe. Le passé nous a montré de quoi les Burundais sont capables. On a peur », glisse un habitant qui, comme tant d’autres dans le Burundi d’aujourd’hui, refuse de donner le moindre indice pouvant permettre son identification.

Ils ont tellement peur, les habitants (des paysans pour la plupart) de ce village situé dans le nord du pays, à 20 km de Ngozi, le fief du président Pierre Nkurunziza, qu’ils ont, en décembre 2015, écrit une lettre au secrétaire général des Nations unies. « Monsieur, ne prenez pas à la légère nos cris d’alarme, de grâce, intervenez ! » peut-on y lire en substance. « Que l’organisation dont vous êtes responsable soit vigilante afin d’éviter que le génocide ne se reproduise », alertent-ils.

Il suffit d’étudier le contexte pour comprendre. Un village très majoritairement composé de Tutsis dans une région de Hutus. Des terres fertiles que les « autochtones » réclament depuis des années. Des bagarres récurrentes. Et, surtout, ces déclarations incendiaires de responsables politiques inoculant un poison que l’on pensait avoir définitivement éliminé ici : l’ethnicisme. N’est-ce pas le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, qui a sous-entendu, voici trois mois, que des parcelles pourraient bientôt être disponibles ? À Ruhororo, « on a tous frémi quand on a entendu ça », confie un habitant.

Le génocide, un scénario peu probable ? 

Ce n’est certainement pas la missive des habitants de Ruhororo qui a poussé Hervé Ladsous, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, à signer début janvier un mémo destiné aux membres du Conseil de sécurité, dans lequel il est écrit qu’un génocide est un scénario plausible au Burundi. Mais elle y a peut-être contribué, comme les innombrables témoignages de victimes recueillis depuis des mois par la trentaine d’enquêteurs du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme qui circulent dans le pays. Selon ce document qui aurait dû rester confidentiel, la situation ne cesse de se détériorer. Les membres de l’opposition et de la société civile sont, explique le rapport, toujours pris pour cible par les services de sécurité et par les Imbonerakure, le surnom donné aux jeunes du parti au pouvoir.

Une fois le constat dressé, trois scénarios sont envisagés : le statu quo, c’est-à-dire une situation stabilisée mais ponctuée de violences sporadiques ; l’intensification des violences et le développement de rébellions (autrement dit : une guerre civile) ; enfin, la transformation d’une crise politique en un conflit à caractère ethnique.

Ce rapport, précise un diplomate, n’est rien d’autre qu’une base de travail. Selon une source onusienne, « il est de notre devoir, en matière de maintien de la paix, de prévoir toutes les situations, surtout les plus graves ». Celle d’un génocide à la rwandaise, dans lequel une partie de la population serait appelée à en exterminer une autre et passerait à l’acte, semble peu probable. « Ça ne prendra pas, nous vivons tous ensemble, Hutus et Tutsis », clame, à l’arrière d’une voiture et à l’abri des regards, un jeune homme que l’on dit recherché par la police, et qui quittera le pays deux jours après notre entretien. Cet optimisme, beaucoup le partagent. « Ceux qui manifestent sont nés après 1993 ou peu avant, analyse un prélat influent qui souhaite, lui aussi, rester anonyme. Ils ne sont pas marqués par le poids du passé. Eux ne rêvent que d’un avenir. »

Mais qui peut vraiment dire comment naît un génocide ? Certes, aujourd’hui, « la répression touche autant les Hutus que les Tutsis, les politiques que la société civile, et les villes que les campagnes », admet un membre éminent de l’Uprona, un parti d’opposition, un des rares qui est resté au pays. « Il faut toutefois reconnaître que la répression cible de plus en plus des Tutsis », ajoute-t-il. Ce qu’il craint – et selon lui, ce n’est qu’une question de temps -, c’est « que la population ne finisse par être obligée de marcher dans la même direction que le pouvoir ». Les jeunes n’y croient pas. Mais leurs aînés, qui ont connu les années de sang, savent que tout est possible.

Le CNDD-FDD, un parti schizophrène

Le pouvoir, évidemment, s’offusque de ce genre d’accusations. Chiffres et théorie du complot à l’appui. « C’est la chanson des Rwandais, explique Pascal Nyabenda, qui cumule les présidences du CNDD-FDD et de l’Assemblée nationale. Au Burundi, on ne songe pas à cela. Dans notre gouvernement, nous comptons 60 % de Hutus et 40 % de Tutsis : comment un tel gouvernement pourrait-il commettre un génocide ? » Au CNDD-FDD aussi, il y a des Tutsis. Comme cette sénatrice, Évelyne Butoyi. « Vous pensez que je pourrais appartenir à un parti qui veut la mort de mon peuple ? » interroge-t-elle. Il faut croire que, pour elle, la vie n’est pas facile ces jours-ci. « Je suis tutsie, mais j’ai peur d’être tuée par des Tutsis. Dans mon village, très majoritairement tutsi, je suis accompagnée par des hommes en uniforme car j’ai peur des miens. »

« Le danger le plus immédiat, c’est une guerre civile, mais n’y est-on pas déjà ? »

Au-delà des discours de façade, le CNDD-FDD semble pris d’une réelle schizophrénie. Ses barons n’ont que le mot démocratie à la bouche quand toutes les libertés publiques sont mises à bas, et ils jurent vouloir en finir avec l’accusation d’ethnicisme alors qu’ils font du « pouvoir tutsi » leur principal ennemi. Daniel Gelase Ndabirabe est le porte-parole du parti. Pour lui, il ne fait guère de doute que « les questions d’aujourd’hui sont celles de toute l’histoire du pays ». Ndabirabe parle rarement de Hutus et de Tutsis. Il préfère user de paraboles. Il y aurait d’un côté « l’ethnie dont le colonisateur ne voulait pas », la réelle « base sociale démocratique », et, de l’autre, « l’ethnie qui se disait née pour gouverner ». « Le génocide ? C’est comme les armes chimiques en Irak, dit-il. Une invention de l’élite intellectuelle. » Un diplomate qui a eu à écouter les caciques du régime fait ce constat : « Les plus francs sont obnubilés par la question Hutus-Tutsis. C’est vrai que la société civile est majoritairement tutsie, mais ils oublient l’origine de cette crise : le mécontentement social. »

« Le génocide, poursuit ce diplomate comme en écho au mémo onusien, on le craint tous. Mais le danger le plus immédiat, c’est une guerre civile. » N’y est-on pas déjà ? Des mouvements de rébellion aux contours encore flous ont vu le jour. Ils se trouvent pour la plupart aux frontières extérieures du pays, mais certains seraient à l’intérieur, tout près de la capitale, dans les monts incontrôlables du Bujumbura rural, ou plus loin, dans le Sud.

La peur omniprésente

Dans la capitale, épicentre des tensions, les heurts sont quotidiens. Un jour, c’est un policier qui est visé par une grenade ; un autre, c’est un civil qui est abattu par la police ; un troisième, ce sont des jeunes sur lesquels on tire dans un bar. Les disparitions se comptent par dizaines, les arrestations par centaines. La mort, dit un habitant du quartier contestataire de Mutakura, « peut vous prendre à tout moment et venir de n’importe où ». Nul n’est à l’abri, pas même les barons du régime : en août 2015, le redouté Adolphe Nshimirimana, le bras droit de Nkurunziza, est tombé dans une embuscade. Des armes circulent, d’autres sont cachées. La police assure avoir récemment déjoué un complot en provenance du Rwanda, et visant à ensanglanter la capitale avant le sommet de l’Union africaine.

Le conflit évolue, mais il est encore trop tôt pour évoquer une guerre. À la féroce répression des autorités, la rébellion embryonnaire répond par des actes isolés, souvent aveugles : un tir d’obus, une grenade. On ne manifeste plus – c’est interdit -, on prend les armes. Les quartiers contestataires ont été vidés d’une partie de leurs habitants, qui ont fui, dans d’autres coins de la ville réputés plus sûrs, en province ou à l’étranger, au Rwanda, en Tanzanie ou en Ouganda. On ne compte plus les boutiques fermées et les portes de maisons cadenassées. Les nuits sont silencieuses dans les faubourgs. « On ne sort plus. Le soir, on rentre à 18 heures au plus tard. Le danger peut venir de partout. Il suffit d’être jeune pour être un ennemi », déplore un habitant du quartier de Musaga.

Cette peur est comme le vent : invisible mais entêtante – le fait d’être hutu ou tutsi n’y change rien. Et ce sentiment ne s’arrête pas aux portes de Bujumbura. L’enfer n’est pas entouré du paradis, même si les campagnes sont plus calmes. À une heure de la capitale, dans les montagnes qui, au fil des ans, ont servi de repaire aux différentes rébellions, on a acquis les mêmes réflexes qu’à la ville. On rentre avant la tombée de la nuit. Au bistrot, la peur des oreilles indiscrètes interdit tout débat politique. « Notre espérance de vie est de vingt-quatre heures renouvelables », résume un habitant d’une des collines.

L’ONU EN FORCE

Preuve de l’intérêt que l’on porte à New York au conflit burundais et de la grande inquiétude qu’il suscite (l’ONU a dénoncé, le 15 janvier, des massacres ethniques, des charniers et des viols collectifs commis par les forces de sécurité), une mission du Conseil de sécurité se rendra à Bujumbura du 20 au 22. Chacun des quinze pays membres y enverra un représentant. Objectif : rencontrer les personnalités les plus influentes du gouvernement, les partis politiques, la société civile et – espère-t-on au siège de l’ONU -, le président Pierre Nkurunziza, afin de les pousser à renouer le dialogue.

Cette mission fera escale à l’aller et au retour à Addis-Abeba, afin de s’entretenir avec les responsables de l’Union africaine. « Il est urgent d’agir, estime un diplomate onusien. Le pouvoir n’envisage pas de négocier et l’opposition n’envisage plus que la force pour faire tomber le régime. » Si la perspective d’envoyer des Casques bleus n’est encore qu’hypothétique, on y songe de plus en plus sérieusement à New York. Mais même une force de 4 000 hommes aurait « des capacités très limitées », peut-on lire dans le mémo onusien signé par Hervé Ladsous.

Rémi Carayol

 


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