Analyse de la politique du gouvernement en matière d’énergie au Burundi

mardi 31 août 2010,par Jean Bosco Nzosaba

Résumé exécutif

L’énergie est nécessaire à toute activité humaine et indispensable pour la satisfaction des besoins de base comme l’accès à l’eau potable, l’alimentation, les soins de santé, l’éducation, et dans bien d’autres aspects du bien-être.

On se rend donc compte que l’énergie est aussi importante que ces services de base eux-mêmes, puisqu’il en est un pré-requis. Satisfaire les besoins de base et les rendre plus viables, c’est contribuer à sortir de la pauvreté. L’énergie est donc une clé au développement ou à la lutte contre la pauvreté.

La disponibilité de l’énergie, à un coût abordable facilite énormément les petites activités génératrices de revenus, les activités artisanales et industrielles. Cela veut dire que la croissance économique exige également un service continu et fiable d’approvisionnement en énergie.

Malgré le lien assez évident entre l’accès aux sources d’énergie et le développement, l’énergie semble continuer à être considéré au Burundi comme une priorité secondaire dans les processus d’allocation des ressources ou de planification du développement (PIP, CSLP, OMD, etc.). Ainsi, la part du budget allouée en 2010 aux dépenses d’investissement et aux réhabilitations dans le secteur de l’énergie est de BIF 7 167 652 040 soit 6,6% du total des investissements et 1% des dépenses totales de l’Etat . Une brève analyse de l’évolution du secteur de l’énergie montre qu’aucune stratégie viable n’a jamais été mise en œuvre pour vulgariser l’accès à l’énergie moderne, même si cela figurait parmi les objectifs affichés du Ministère en charge de l’énergie. En outre le pays a connu ces dernières années une crise sociopolitique dont l’une des conséquences a été l’arrêt d’investissements dans le secteur de l’énergie.

Le Burundi est pourtant doté de ressources énergétiques qui pourraient, une fois exploitées rationnellement, beaucoup contribuer et à son développement et à la lutte contre la pauvreté : c’est le cas de la tourbe, de l’hydroélectricité et de l’énergie solaire.

Au niveau du bilan énergétique, le pays se caractérise par la prédominance de l’utilisation des énergies traditionnelles (bois, charbon de bois et déchets végétaux) tant au niveau de l’énergie consommée qu’au niveau de l’énergie commercialisée. Cependant, la forte pression démographique sur la terre à des fins d’agriculture, l’absence ou le manque d’accès aux substituts au bois-énergie, les feux de brousse récurrents dans certaines régions du pays, le caractère limité des actions de reboisement, etc. sont autant de facteurs qui contribuent à la raréfaction continue des ressources ligneuses.

Le sous secteur de l’énergie électrique reste très peu développé, malgré des ressources hydroélectriques importantes du pays. Seulement 10% du potentiel national sont exploités, et 2,7% seulement de la population ont accès à cette source d’énergie. L’insuffisance des ressources financières propres ne permet pas à la REGIDESO d’agrandir son parc de production, d’étendre son réseau de distribution, de maintenir et de renouveler ses équipements. L’entreprise publique connaît également des difficultés liées à son mode de gestion et sa situation de monopole public de fait, ce qui se traduit souvent dans la faible qualité du service à la clientèle. Comme il ya quelques années, l’entreprise a conclu avec le gouvernement du Burundi un contrat de performance (appelé « contrat plan »), dont l’acceptation des indicateurs par les deux parties a conditionné l’octroi par la Banque mondiale d’un don pour la réhabilitation du réseau électrique, l’augmentation de la production, le recouvrement des factures et une gestion plus rationnelle de la demande.

Le Burundi importe la totalité de ses consommations en produits pétroliers. Ceux-ci servent essentiellement dans le transport et, pour une moindre mesure, dans l’industrie et les ménages. Récemment, des permis de prospection ont été octroyés à des firmes étrangères pour explorer les potentialités en pétrole le long et dans le lac Tanganyika. Les prix sans cesse en hausse (au moins une hausse par an) constituent à la fois un fardeau et un frein à la croissance d’autres activités économiques.

Quant à la tourbe, elle n’apparaît pas encore comme à une source d’énergie utilisable à une échelle industrielle au Burundi et l’ONATOUR ne parvient pas à diversifier ses produits et sa clientèle.

Dans un pays où l’extension du réseau électrique risque de prendre encore du temps, le sous secteur des énergies renouvelables (énergie solaire photovoltaïque, biogaz, énergie éolienne) pourrait constituer une alternative intéressante à l’électrification décentralisée. Le Gouvernement du Burundi s’intéresse de plus en plus à cette filière, et des ressources financières ont été allouées à l’électrification par voie photovoltaïque à des écoles et centres de santé. Cependant, le coût des équipements reste encore très élevé ; les circuits de commercialisation et les technologies liées à ces nouvelles formes d’énergie sont encore peu maîtrisés au niveau local. Les principales contraintes sont :
  Le relief accidenté du pays et l’habitat dispersé, qui rendent très coûteux l’électrification des ménages ruraux qui souhaiteraient être raccordés au réseau de la REGIDESO ;
  Le faible pouvoir d’achat de la population en général ;
  L’enclavement du pays, qui contribue à renchérir les coûts de transport des marchandises importées en général et ceux des produits pétroliers en particulier ;
  Le caractère généralement très capitalistique des investissements énergétiques, alors que le pays doit recourir aux dons et emprunts extérieurs, assortis de conditions de plus en plus contraignantes
  La quasi-absence du secteur privé.

Pour que le secteur ait une plus grande visibilité, il est urgent que le pays se dote d’une politique nationale de l’énergie, qui définit la vision et le fonctionnement futur des institutions du secteur. La vision du secteur doit s’intégrer concrètement dans les cadres et instruments de développement et de planification (CSLP, OMD, Vision 2025) que le pays a adoptés. Ensuite, il faut mettre en place une stratégie énergétique, qui s’appuie sur la vision et sur les objectifs et principes préalablement établis. De plus, le secteur doit s’attaquer à certains défis. Il s’agit notamment de :
  Remettre en place un mécanisme institutionnel de coordination du secteur,
  Renforcer les capacités institutionnelles, techniques et de gestion ;
  Améliorer la gouvernance du secteur ;
  Assurer le suivi et procéder à l’évaluation périodique de la politique, des s

 

 

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