LIGUE DES DROITS DE LA PERSONNE DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS (L.D.G.L.)

jeudi 17 janvier 2008,par Jean Bosco Nzosaba

L’histoire récente du Burundi a été marquée par des crises politiques plus ou moins violentes, dont la plus importante en termes de durée et d’effets dévastateurs sur le système politique ainsi que sur les ressources humaines, économiques, sociales et culturelles est celle que vit le pays depuis 1993. Parmi les causes généralement avancées pour expliquer ces crises, le facteur ethnopolitique arrive en bonne position. A Arusha, les parties en négociation ont convenu de qualifier ces crises de « conflit fondamentalement politique avec des dimensions ethniques extrêmement importante » . Au delà de ce qu’une telle définition est absurde en ce sens que ce qui est ethnique est fondamentalement politique dans notre configuration, ce qu’il faut surtout remarquer est que dans les propositions ou les mécanismes de résolution de ces crises il y une forte dérive ethniste sur le plan idéologique, un essentialisme ou primordialisme ethniste sur le plan philosophique et une institutionnalisation de l’ethnicité sur le plan de la pratique politique.

La question qui se pose est de savoir si le diagnostic ne confond pas la fièvre avec la maladie elle-même. Car, au delà de l’institutionnel ou du politique, l’ethnicité peut être une manifestation d’une violence beaucoup plus insidieuse, plus sournoise, plus structurelle. D’un autre côté, ne pourrait-elle pas être le résultat d’une construction politique et historique c’est-à-dire une ressource au service de ceux-là même (les acteurs politiques) qui l’ont inventée ou construite pour ensuite en vivre ? Dans cette hypothèse, ne pourrait-on pas la considérer comme un « démon » qui hante uniquement les élites et qui ne descend bas dans la société qu’à l’occasion de ses manifestations violentes, des violences à la fois étatiques et contre-étatiques ?

Des franges importantes de la société, en particulier la société civile, ont fustigé l’instrumentalisation de l’ethnicité par les acteurs politiques. Le recours à cette ressource a été dénoncé pour ce qu’elle a de pervers : rendre le crime ethnique productif, donc politiquement rentable et partant criminaliser l’Etat. De fait, l’une des grandes critiques qu’on a formulée à l’endroit de l’Accord d’Arusha, c’est d’avoir institutionnalisé le clivage ethnique. Le débat qui a eu lieu sur les contenus de la Constitution post-transition et de la loi électorale procède de la même logique.

La dénonciation ne repose pas que sur l’idéalisme. Les critiques démontrent que l’ ethnicité n’est que superficielle et artificielle. La société burundaise profonde, malgré les déchirures qu’elle a connues ne vivrait pas en tête avec une telle allégeance. Des convivialités et des sociabilités y seraient développées et auraient permis de sauver des vies humaines dans les différentes composantes sociales. Parce qu’il déconstruit l’idéologie ethniste, pareil argumentaire ne satisfait pas les acteurs partisans engagés dans un schéma manichéen ou binaire Hutu-Tutsi .

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