Rwanda et Burundi : les Belges aussi doivent réfléchir

mardi 10 juillet 2012,par Jean Bosco Nzosaba

Un demi-siècle après l’accession à l’indépendance du Rwanda et du Burundi, l’heure est à la fête, à Bujumbura en tous cas, mais aussi à la réflexion : pourquoi, en termes de développement humain, d’acquis démocratiques, et même de relations de voisinage, le bilan est-il aussi lourd ? Des Belges, à Bujumbura en tous cas, seront associés à la fois aux réjouissances et aux réflexions. Puissent ils dépasser le stade des conseils amicaux et des recommandations. En effet, la Belgique, ancienne puissance coloniale, qui s’était vue confier la tutelle de ces deux petits pays initialement conquis par l’Allemagne est loin d’être sans reproches. S’il est parfaitement justifié de souligner aujourd’hui, -enfin !- la responsabilité de la France dans le génocide au Rwanda, il faut aussi élargir le champ d’analyse : ce sont bien les Belges et eux seuls, qui, depuis le début du siècle dernier, ont modelé la politique de ces pays. Ils ne se sont pas contentés d’imposer une lecture ethnique des différences sociales qui existaient entre Hutus et Tutsis, de confondre la démocratie avec la loi (la dictature ?) de la majorité numérique, de diviser de vieux peuples, des sociétés aux structures complexes. La Belgique, dans les années 60, a aussi démontré que, dans sa propre sphère d’influence, là où elle pouvait jouer un rôle, elle ne reculait pas devant le recours à la violence, voire au crime : si les circonstances de la mort de Patrice Lumumba ont fait l’objet d’une enquête parlementaire, on ne sait toujours pas qui a ordonné l’assassinat du prince Louis Rwagasore au Burundi ni pourquoi le roi Mutara du Rwanda avait été emporté par une « mauvaise piqûre »… Il serait peut-être temps de reconnaître que les trois pays (Congo, Rwanda, Burundi) dont la Belgique était responsable ont pris, chacun à leur manière, un très mauvais départ lors de leur indépendance. La métropole, au lieu de pacifier et d’unir, avait exacerbé les antagonismes ethniques, étouffé les aspirations nationalistes et aussi recouru systématiquement à la corruption des élites, une pratique qui allait s’avérer bien plus durable que les institutions démocratiques elles-mêmes… Vieilles histoires ? Rappels stériles ? Pas tant que cela : sans même revenir sur rappeler le génocide rwandais, il faut savoir que les divisions créées jadis continuent à faire des victimes. Conclusion : le devoir de mémoire et de réflexion ne doit pas seulement être le fait de nos « anciens colonisés », les jeunes Belges aussi méritent de savoir ce qui s’est réellement passé voici un demi siècle. Il faut espérer que nos dirigeants, non contents de « donner des leçons » et de « faire passer des massages », prendront surtout le temps d’écouter, de mesurer les efforts déployés dans chacune de nos anciennes colonies pour dépasser la fatalité d’une histoire que nous avions contribué à forger…

In « le carnet de Colette Braeckman »

 

 

Copright © Observatoire de l'Action Gouvernementale (OAG)