Spécial sommet des journalistes de l’Eac.

mardi 14 août 2012,par Jean Bosco Nzosaba

Du 9 au 10 août 2012, s’est tenu à Kigali au Rwanda, le 5ème sommet des journalistes de l’East african community (Eac). Une vingtaine de journalistes burundais, du public comme du privé, ont pris part à ces assises de Kigali. Le Burundi, bien que membre de cette communauté, n’a pas sa place au soleil au regard de la manière dont il est traité par les autres pays membres. Cela se fait au grand jour malgré la présence de nos autorités qui semblent bien s’accommoder à ce traitement. Cela est d’autant plus déplorable que même au sein du ministère ayant en charge l’intégration de la communauté est-africaine, l’organisation laisse à désirer, ce qui a fait dire à beaucoup de participants à ce sommet que le Burundi connaît beaucoup plus une adhésion qu’une intégration au sein de cette communauté.

Départ pour Kigali : signe précurseur d’une mauvaise organisation.

En réunion le 7 août 2012 avec des journalistes au ministère de l’Eac qui devaient participer à ce sommet, l’un des responsables a fait part aux participants que le véhicule prévu pour le déplacement des journalistes a 14 places assises pour 14 journalistes qui devaient effectuer le voyage. D’autres journalistes avaient pris l’avion pour la même destination. A la question de savoir comment on va ranger les bagages, il n’y a pas eu de réponse et l’on a promis de soumettre la question à l’échelon supérieur. Celui-ci demanda aux journalistes de comprendre la situation, qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement. Pourtant, les journalistes avaient suggéré de trouver un véhicule auprès de l’Otraco, rien n’y fut fait. Un autre problème qui était posé est qu’il y avait des journalistes qui attendaient encore un ordre de mission venu de la présidence de la République pour qu’ils puissent avoir accès à leurs passeports de service. Ce qui n’était pas normal car la mission était connue depuis au moins 5 mois, il ne fallait pas attendre le 7 août pour faire toutes ces formalités qui peuvent prendre un temps suffisamment long.

Le timing : un problème insoluble pour les Burundais ?

Lors de cette réunion, il avait été communiqué aux journalistes que le départ pour Kigali était fixé à 11 heures. Arrivés sur place, les journalistes ont été surpris de constater que le véhicule était en train d’être nettoyé à cette heure-là. Plus grave, l’interlocuteur du ministère n’était pas sur place et communiquait qu’il s’occupait à chercher le fameux ordre de mission pour 4 participants. Vers 13 heures, le véhicule a pris la direction de la station d’essence pour approvisionnement. De surprise en surprise, le réservoir rempli, il y avait encore deux bidons de mazout qui devaient voyager avec les journalistes pour usage au retour de Kigali. Ce phénomène a rappelé l’accident de Bukeye en province de Muramvya où un bus de marque Hiace, qui avait une bonbonne à son bord, a connu un accident meurtrier suite à l’explosion de cet engin.

Le départ fut à 16 heures, soit avec un retard de 5 heures de temps. Mais cela n’est pas grave pour nos compatriotes, pourvu que le véhicule démarre. Mais dans l’entre-temps, la barrière rwando-burundaise de Kirundo est fermée à 18 heures, contrairement à celle de Kanyaru qui fonctionne 24 heures sur 24, d’après les informations reçues en plein voyage. Arrivés à Ngozi, les journalistes appellent un policier rwandais qui confirme que la frontière est déjà fermée. Il suggère de contacter la délégation burundaise déjà sur place à Kigali pour qu’elle en parle avec le service d’immigration du Rwanda. Ce qui fut fait à 20 heures passées de 30 minutes. Après le service d’enregistrement à la frontière, les voyageurs poursuivent leur route vers Kigali où d’ailleurs ils se sont perdus, prenant le chemin de l’aéroport au lieu de celle du Rond point principal de Muhima, au centre-ville, qui mène directement à l’hôtel des Milles Collines où les passagers devaient loger. L’erreur fut fatale car l’on ne s’est retrouvée qu’une heure de temps après, arrivant ainsi à l’hôtel à 22 heures passées de 15 minutes.

Et du côté du Rwanda ?

La réunion était prévue à 9 heures à l’hôtel Serena mais quand la délégation burundaise y est arrivée peu avant cette heure, elle apprit que l’on a préféré commencer par une pause – café et que le sommet débutera à 11 heures. Mais là au moins, le président Paul Kagame est venu à 11 heures 2 minutes et les travaux ont directement commencé. Nous avons appris plus tard que le chef de l’Etat rwandais avait fait un déplacement vers Kampala, d’où le report de cette réunion qu’il avait tenu à ouvrir lui-même.

Le premier orateur fut la ministre rwandaise de l’Eac, Mme Monique Mukaruliza. Elle a souligné l’importance de l’intégration à cette communauté car les journalistes ont beaucoup d’opportunités et ils sont à jour dans leur recherche d’information. La deuxième personne à s’exprimer a été Mme Alphonsine Niyigena, vice-présidente de la branche des affaires de l’east african community. Deux autres orateurs ont été MM. Andrew Mwenga et Richard Sezibera, respectivement journaliste – analyste et secrétaire général de la communauté. Le député Musa Sima, président du conseil des ministres de l’Eac, a invité le président Kagame à prononcer un discours de circonstance.

Le chef de l’Etat rwandais, avec son calme légendaire, a souligné le rôle des médias dans la visibilité de la communauté, la bonne gouvernance et la promotion de l’intégration. Selon lui, les médias doivent avoir une indépendance dans le traitement de l’information afin d’imprimer des informations sur la communauté et son agenda. Il s’est exprimé, dans un humour irréprochable, sur l’indépendance des médias. Il ne comprend pas pourquoi les journalistes veulent leur indépendance alors qu’ils la refusent aux autres. Et de renchérir que des journalistes peuvent l’appeler Joseph Kagame et que quand il demande à s’exprimer pour dire qu’il s’appelle Paul, ces derniers refusent de lui accorder un espace.

Il a tout de même déploré le fait que les médias restent silencieux, voire complice des médias du reste du monde quand ils s’expriment sur la région des grands lacs. Mais il a terminé sur une note d’espoir quand il a indiqué que malgré ce qui se dit sur la liberté de la presse au Rwanda, le gouvernement traite les médias comme des partenaires et qu’il soutient que les journalistes accèdent à toutes les sources d’information. Le président rwandais, qui n’avait pas assez de temps, a promis de revenir le lendemain pour s’entretenir avec les journalistes de l’Eac.

Et le gouvernement burundais !

Au moment des présentations des différents états des lieux des médias dans nos pays respectifs, l’assistant permanent au ministère ayant en charge la communication, M. Ferdinand François Sigejeje, a indiqué dans un anglais approximatif qu’il se levait pour introduire une personne ressource du conseil national de la communication, Espérance Ndayizeye la pauvre. Surprise dans la salle des réunions, elle se leva, – elle n’avait non plus rien préparé car elle n’avait pas été prévenue -, se débrouilla dans un bon anglais mais tout le monde a remarqué que le Burundi n’avait pas de présentation préétablie pour ce séminaire. L’on notera que la ministre burundaise chargée de l’Eac, Mme Léontine Nzeyimana, était sur place mais n’a rien dit, qu’il s’agisse des débats ou alors de l’organisation en général.

La chance viendra des journalistes lors des débats et ils ont pu sauver l’image du pays. Il s’agit des questions d’Innocent Muhozi (de la télé Renaissance), Patrick Nduwimana (Radio Bonesha), de Claude Nkurunziza (télévision nationale), notamment et de notre ancienne consœur, la députée Afsa Mosi. Ils sont revenus sur l’harmonisation des textes qui régissent les journalistes de l’Eac et sur la création d’un organe de régulation au niveau de la communauté. L’on signalera que l’organisation a félicité la délégation burundaise pour avoir participé activement aux débats en plénière, ce qui était une première fois, a-t-on appris sur place.

Mais, toujours pas de répit.

Vers la soirée du 9 août 2012, il était prévu un dîner de gala où un prix allait être décerné à un journaliste de l’Eac qui s’est distingué dans la production des informations sur la communauté. Lors des préparatifs, un seul nom avait été retenu, celui de Victor Mubwigiri, de l’agence burundaise de presse, Abp, qui devait avoir un prix dont la valeur était de 1.500 dollars américains. La délégation burundaise était contente mais fut encore une fois surprise quand elle a constaté que plus tard, le bénéficiaire de ce prix a changé. Lors de la remise de ce prix, notre confrère qui était sûr de lui, s’est levé, sourire aux lèvres, mais déchanta très rapidement quand il a vu que ledit prix a été attribué à une journaliste ougandaise. Les gens qui étaient sur place n’en croyaient pas leurs yeux et leurs oreilles. Les Burundais qui participaient à ce sommet espèrent que cette fois-là, le gouvernement, via ses ministres de la communication et de l’Eac, va réagir car le pays ne peut pas être méprisé jusqu’à ce point.

Source : Netpress

 

 

Copright © Observatoire de l'Action Gouvernementale (OAG)