Confusion au Burundi après l’annonce de la reprise des hostilités des FNL

jeudi 6 septembre 2012,par Jean Bosco Nzosaba

Le général Aloys Nzabampema, chef d’état-major des ex-rebelles des FNL, les Forces nationales de libération, première rébellion hutue du Burundi, vient d’annoncer la reprise de la guerre contre le gouvernement de Pierre Nkurunziza du Cndd-FDD, un parti issu de la principale rébellion hutue du Burundi. Le porte-parole des FNL nie de son côté une quelconque intention du mouvement de reprendre les armes. La signature d’un accord de cessez-le-feu entre le leader historique des FNL, Agathon Rwasa, et le pouvoir burundais dirigé par le président Pierre Nkurunziza du Cndd-FDD, en 2006, n’est pas parvenue à mettre fin à la rivalité entre les deux principales forces politico-militaires issues de l’ethnie majoritaire au Burundi, loin de là. Cette lutte pour le leadership atteint son paroxysme en 2010, lorsque l’opposition, Agathon Rwasa en tête, conteste le résultat des élections générales qui donnent le Cndd-FDD largement en tête. Des violences éclatent alors et Agathon Rwasa reprend le maquis. En 2011 les attaques redoublent d’intensité. Le pouvoir burundais va alors livrer aux FNL une guerre secrète sans merci. C’est pour mettre fin à ce qu’il qualifie de « politique d’extermination des membres des FNL » que le général Aloys Nzabampema a annoncé, lundi 3 septembre, la reprise officielle de la guerre, une décision à laquelle le chef historique des FNL n’pas été associé. S’agit-il d’une vraie révolution au sein du plus vieux mouvement rebelle hutu du Burundi ou d’une enième manipulation orchestrée par le pouvoir comme le pensent des proches d’Agathon Rwasa ? Les prochaines semaines permettront d’y voir plus clair, estiment plusieurs diplomates en poste dans la capitale burundaise. Le porte-parole des FNL nie toute velléité de reprise des combats La déclaration de guerre d’Aloys Nzabampemaau au gouvernement burundais est catégoriquement rejetée par le porte parole des FNL, Aimé Magera, qui dit parler au nom du chef en exil du mouvement, Agaton Rwasa. Selon le porte-parole, ce militaire n’appartient pas au FNL, et le mouvement ne souhaite nullement la reprise des hostilités. Il soupçonne les autorités burundaises de manipulation. « Depuis 2009, nous nous sommes débarrassés de la branche armée, le FNL n’a pas de branche armée. Ce qu’on sait c’est que Aloys Nzabampema a déserté de l’armée quand il a failli être assassiné par cette même armée. Il n’est pas membre du FNL et n’a jamais été un dirigeant du FNL... Le FNL n’a pas repris les hostilités contre le gouvernement burundais. Nous avons déposé les armes une fois pour toute. Nous considérons ça comme une manoeuvre du pouvoir pour justifier des massacres récents ou futurs, et trouver un alibi comme quoi ils sont en train de combattre les rebelles », a déclaré Aimé Magera. Une manipulation politique ? La société civile doute et s’interroge sur une éventuelle manipulation d’une aile dissidente des FNL par le pouvoir. « Qui est derrière ce mouvement ? », s’interroge Pacifique Ninihazwa, Délégué général du Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC). « Ce qui est bizarre aujourd’hui après la déclaration de l’aile militaire, le porte-parole d’Agathon Rwasa, qui est en principe le patron des FNL, a déclaré que Agathon Rwasa n’était pas avec cette rébellion. Nous avons entendu aussi l’autre dissidence à Agathon Rwasa qui disait également que cette rébellion n’avait aucun lien avec Agathon Rwasa. Alors il y a lieu de se poser des questions. Qui est réellement derrière ce mouvement ? Vous savez, en Afrique quand il y a ce genre de mouvement, il y a deux options possibles : soit c’est réellement un groupe qui veut conquérir le pouvoir par la voie des armes, mais ça peut être aussi une stratégie du pouvoir en place qui voudrait faire oublier un certain nombre de défis importants aujourd’hui, des questions très difficiles qui se posent en ce moment, qui voudrait nous détourner des vrais débats et discréditer certains responsables de l’opposition. C’est aussi une possibilité », a déclaré Pacifique Ninihazwa.

Source : RFI

 

 

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