Déclaration NEPAD/UA sur les moyens de favoriser la croissance agricole dans un contexte instable

vendredi 21 septembre 2012,par Jean Bosco Nzosaba

Septembre 2012

1- La résilience est devenue le nouveau paradigme des agences internationales pour traiter des crises alimentaires. C’est la marque d’un certain défaitisme où s’affiche l’incapacité à empêcher voire gérer les risques dans le secteur agricole. Les pays du G20 avaient pourtant fait de la lutte contre la volatilité des prix leur priorité en 2011. Le sujet revient sur le devant de la scène alors qu’ont été mises en place des mesures qui dès le début avaient paru bien insuffisantes aux Africains. 2- Nous avons eu l’occasion, dans une déclaration en juin 2011, de présenter notre vision de la contribution de l’agriculture aux équilibres mondiaux et poussé les pays du G20 à prendre des décisions fortes. « Sachant que les pays du G20 représentent plus de 85% de la production mondiale comme des exportations de produits alimentaires, […] leur poids dans les équilibres alimentaires mondiaux est primordial et nous les encourageons à mettre en place des mesures ambitieuses comme la restauration de niveaux de production et de stocks qui limitent les tensions sur les marchés et qui pourront bénéficier à la communauté entière. » Notre appel n’a malheureusement pas été entendu. 3- Les derniers chiffres de la FAO sont très explicites qui montrent que les stocks sont redevenus très bas, ce qui crée une tension sur les marchés de blé et céréales secondaires, inégalée depuis la crise de 2007-2008 : le ratio stock sur utilisation est le plus bas pour le blé depuis ces années, et, pour les céréales secondaires, il y est même plus faible avec un taux prévisionnel de 13,3 %[3]. La FAO estime pourtant qu’en dessous de 17-18% de stocks par rapport aux utilisations, on franchit le seuil de garantie moyenne de la sécurité alimentaire mondiale. On a donc du mal à comprendre que le mot d’ordre de restockage ne soit pas lancé. Si le forum de réaction rapide mis en place par le G20 devait se réunir rapidement, il devrait mettre cette question à l’ordre du jour. 4- Les pays africains ne se placent pas dans une perspective de dépendance vis à vis des approvisionnements extérieurs qui deviennent de plus en plus instables sans que les grands producteurs semblent vouloir y remédier de façon décisive. Notre ambition va clairement vers le développement de notre agriculture et de nos marchés ; le NEPAD œuvre à cela à travers le Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA). C’est d’ailleurs ce que les pays du nord et les pays émergents ont fait en satisfaisant en premier leur marché intérieur pour ensuite éventuellement exporter. Cette approche a été possible grâce à des politiques stimulant l’accès aux facteurs de production et grâce aux incitations que constituent des prix régulés et des paiements compensatoires. 5- L’augmentation des rendements reste la pierre angulaire de notre stratégie de croissance de la production. Les petits producteurs qui constituent l’immense majorité des agriculteurs disposent du plus de marge de manœuvre pour peu qu’ils puissent avoir accès à des engrais à prix raisonnable. Nous encourageons au pragmatisme en facilitant l’acquisition d’engrais et l’accès aux autres intrants agricoles grâce à des subventions intelligentes (smart subsidies) si les marchés ne fonctionnent pas assez bien pour en fournir à prix raisonnables. Nous soutenons l’idée d’un mécanisme innovant de financement de l’accès aux intrants agricoles et souhaitons que le secteur privé en soit partie prenante. 6- L’expérience récente nous montre que dans un monde multipolaire, les solutions coopératives sont de plus en plus difficiles à obtenir. En matière de développement, l’absence de solution globale a souvent servi de prétexte à l’immobilisme ou à la mise en place d’un petit dénominateur commun. Le monde et notre continent ont besoin de solutions fondées sur une approche nouvelle de l’aide au développement : la coordination à tout prix peut être paralysante et contre-productive. Devrait-on par exemple, au nom du respect de règles imposées à tous, refuser à des pays importateurs de produits vivriers qui subissent une hausse (vs. une chute) des cours mondiaux, de baisser (vs. augmenter) unilatéralement leurs tarifs douaniers ? L’histoire a montré qu’en matière agricole, la relative stabilité des marchés mondiaux pendant la deuxième moitié du siècle dernier avait été le produit de politiques volontaristes et non concertées des Etats. Il ne faut plus attendre un accord global pour sauver des populations de la faim. 7- Il faut donc, pour redynamiser nos agricultures déployer des méthodes et moyens qui ont eu du succès dans le domaine de la santé. Les expériences des facilités pour le financement de vaccins ou d’achats de médicaments montrent qu’il est possible, sur une base volontaire de la part de quelques pays novateurs, de lancer un processus. C’est ce que nous demandons pour le financement d’un fonds de subvention aux engrais, en partenariat avec les firmes qui s’engagent pour un partage de la charge mais aussi des bénéfices. Les prochains rendez-vous internationaux doivent permettre que des solutions innovantes à coût partagé entre Etats et acteurs économiques permettent de dégager les moyens adéquats et nécessaires pour développer les marchés et l’accès aux intrants agricoles. 8- Il convient de sortir du « business as usual » et accepter que la mise en place de mesures préventives ambitieuses restera toujours moins couteuse que la gestion des crises a posteriori. Rien qu’en 2011 la gestion des crises alimentaires a couté environ 13 milliards $ soit bien plus que ce que l’initiative de l’Aquila a permis de mobiliser sur une année. Pour l’Ethiopie, le montant estimé pour les 20 prochaines années (7,5 milliards) [4] dépasse celui des investissements qui permettraient une croissance agricole de 6% (données CAADP). Le prix de l’inaction est toujours plus élevé que celui de l’innovation.

 

 

Copright © Observatoire de l'Action Gouvernementale (OAG)