Le Nord-Kivu, poudrière des Grands Lacs africains

jeudi 6 novembre 2014,par Jean Bosco Nzosaba

Au Nord-Kivu- résultante du génocide rwandais et de la seconde guerre du Congo- , l’insécurité y sévit toujours, en raison "du marasme économique, de la somalisation de la région et de l’absence de l’administration".

La Mission onusienne en République Démocratique du Congo (RDC), MONUSCO, a annoncé, mercredi, l’arrestation de 200 suspects après le massacre de 120 personnes, en un seul mois, dans le territoire de Béni, au Nord-Kivu, dans le Nord-Est de la RDC. C’est le bilan d’une succession d’attaques meurtrières, attribuées aux rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF). La recrudescence des attaques menées par la rébellion ougandaise, installée dans le Nord-Kivu, fait de cette province, une véritable poudrière de la région des Grands Lacs, où se confrontent de nombreuses milices avec l’armée congolaise et les forces de l’ONU (MONUSCO), sur fond d’enjeux régionaux. Si l’embrasement du Nord-Kivu est la résultante du génocide rwandais et de la seconde guerre du Congo, l’insécurité continue à y régner en raison "du marasme économique, de la somalisation de la région et de l’absence de l’administration", selon un expert congolais dans une déclaration à Anadolu. Voici les principales forces présentes dans cette région de la RDC.

1. ADF-Nalu

Constitué dans les années 1990 contre le régime de Yoweri Museveni, à la tête de l’Ouganda depuis 1986, l’ADF-Nalu (Forces Alliées démocratiques-Armée Nationale pour la libération de l’Ouganda), est un groupe adoptant une lecture radicale de l’islam. Il a été classé organisation terroriste, notamment par le Conseil de sécurité des Nations-Unies, le 30 juin dernier. Dirigés par Jamil Mukulu, un chrétien converti à l’islam, ils se sont installés au Nord-Kivu, à une période où les relations entre les deux belligérants des guerres du Congo, la RDC et l’Ouganda, étaient tendues. La géographie forestière et montagneuse de la région, leur a servi de plateforme pour mener à bien des activités contre le régime ougandais, auxquelles ils ne se sont pas astreints. "En complicité avec des Ougandais de Kampala et certains opérateurs économiques du Congo, ils se sont lancés dans de nombreux trafics, dont le trafic du bois, abondant dans cette région forestière" a confié à Anadolu une source diplomatique européenne installée à Kinshasa. Avec la normalisation des relations entre la RDC et l’Ouganda, Kinshasa a multiplié ses opérations militaires contre le groupuscule ougandais, qui rassemble également des membres congolais. Selon les accusations de la société civile congolaise, le mouvement étend ses tentacules bien au-delà de la région des Grands-Lacs, en entretenant des liens avec le groupe armé somalien Al-Shabbaab.

2. Milices Maï-Maï

Très présents au Nord-Kivu, les Maï-Maï forment une constellation de groupes armés. Décrits comme "ultranationalistes", ils ont été formées pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003) pour lutter contre l’invasion de la RDC par les forces rwandaises. Dirigés par des chefs disant défendre les intérêts tribaux, ils n’ont pas pris part aux accords de Lusaka qui ont officiellement mis un terme à la guerre. Des viols, assassinats et braquages leur sont souvent imputés, aussi bien dans le Sud-Kivu que dans le Nord. « Ils ont profité du contexte de marasme économique, de la somalisation de la région et de l’absence de l’administration pour prendre part à de nombreux forfaits." analyse Makutu "Aujourd’hui, il s’agit davantage de phénomène de « banditisme » que d’un groupe aux revendications proprement politiques."

3. Le M23

Il s’agit d’anciens rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) opposé aux forces armées régulières dans la guerre du Kivu (2004-2009). L’accord de cessez-le-feu du 23 mars 2009, a promis de régulariser la situation des combattants du CNDP et de les intégrer dans l’armée. En avril 2012, une partie de ceux-ci invoquent le non-respect par le Gouvernement des modalités du traité de paix, forment le M23 et se prêtent à de nombreuses exactions dénoncées par des ONG humanitaires. Constitués en majorité de Tutsis de la RDC, les rebelles congolais du Mouvement du 23 mars (M23), vaincus en novembre dernier, ont bénéficié jusque fin octobre d’un soutien en provenance du territoire rwandais selon un rapport annuel des experts onusiens sur la RDC. Une accusation dont le Rwanda, gouvernés aussi par des Tutsis, s’est défendu.

4. FDLR :

Les rebelles Hutus rwandais des Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) présents dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) n’auront plus que deux mois pour déposer les armes faute de quoi ils s’exposent à une action militaire, a prévenu la semaine dernière le chef de la mission de l’ONU en RDC, le diplomate allemand Martin Kobler. Actifs en territoire du Kivu depuis plus de 20 ans, ils disent défendre les intérêts des rebelles hutus rwandais, réfugiés en RDC après le génocide des Tutis dans le pays de Paul Kagamé, auquel ils sont opposés. Des dirigents des FDLR, à l’instar de Sylvestre Mudacumura, sont visés par des mandats d’arrêt du CPI, en raison de nombreuses exactions dont ils sont inculpés.

5. Les FARDC

Les forces armées de la RDC (FARDC) sont, quant à elles, en phase de reconstruction après la fin de la guerre, en 2003. Eprouvées par le manque de moyens et la corruption, elles sont toutefois parvenues à défaire la rébellion du Mouvement du 23-mars (M23) en novembre 2014, et l’ADF en territoire de Beni, dans le Nord-Kivu, dans le cadre de l’opération SOKOLA 1, en mai de la même année.

6 .La MONUSCO

La mission de maintien de la paix en République Démocratique du Congo (MONUSCO) est l’héritière d’une mission créée en 1999, pendant la seconde guerre du Congo, avec pour objectif de rétablir la paix en faisant respecter les accords de cessez-le-feu. Quoiqu’autorisée à se déployer dans le cadre d’un effectif de 19 815 soldats, la MONUSCO n’est pas toujours capable de protéger la population civile des exactions des groupes armés. Le 22 septembre, plusieurs centaines de jeunes de la localité de Béni, dans la Province, ont manifesté contre la force onusienne MONUSCO, accusée de n’avoir rien fait pour empêcher le massacre récent d’au moins 80 civils par les rebelles ougandais. Source : AA

 

 

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