L’Afrique, poubelle numérique

mardi 3 mars 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Des centaines de milliers d’équipements électroniques en fin de vie ou carrément inutilisables arrivent chaque année en Afrique. Des milliers de téléviseurs en panne, réfrigérateurs en fin de vie, téléphones portables inutilisables, ordinateurs aux configurations obsolètes trouvent chaque années leur chemin vers le vieux continent. Un phénomène alarmant qui survit au grand dam des conventions internationales. Le récent constat du programme de l’ONU pour l’environnement est sans appel : « Outre la consommation intérieure, le problème des déchets électroniques en Afrique de l’Ouest a été exacerbé par un flux continu d’équipements provenant des pays industrialisés. Malgré le fait que la majorité de ces équipements importés soit destinée à la réutilisation après leur test et leur réparation, des volumes considérables s’avèrent inaptes à la réutilisation ». Nombre de ces produits, contenant des éléments métalliques et chimiques dangereux, passent par des pays avec une réglementation minimaliste voire inexistante. Résultat, l’ Afrique est devenu le réceptacle de cette pollution croissante. Selon l’organisation, entre 20 et 50 millions de tonnes de ces déchets sont générées dans le monde chaque années et 50 % d’entre elles finissent enAfrique. Les enquêtes du programme des Nations unis pour l’environnement menées sur le terrain au Bénin et en Côte d’Ivoire ont révélé, en 2012, qu’environ la moitié des DEEE (Déchets d’Equipements électriques et électroniques) usagés importés ne sont en réalité plus en état de marche et ne sont pas réparables. L’examen entre mars et juillet 2010, de 176 conteneurs de deux catégories d’équipements électriques et électroniques usagés destinés au Nigéria a révélé que plus de 75 % de tous les conteneurs venaient d’Europe, environ 15 % d’Asie, 5 % de ports africains (principalement du Maroc) et 5 % d’Amérique du Nord. A première vue l’intention parait bonne .Ces tonnes d’équipements sont envoyés en Afrique à titre « humanitaire » .Mais ce vrai-faux altruisme cache en réalité la volonté des entreprises du pays du Nord de se débarrasser à peu de frais de leurs PC devenus vieux. En effet, Aux Etats-Unis, tout comme en Europe, les lois imposent aux entreprises de recycler leurs équipements obsolètes. Il leur revient donc moins cher de les exporter vers l’Afrique que de les neutraliser sur place. Rien qu’en 2012, selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUD), environ 220.000 tonnes de produits électroniques ont été expédiés de l’Union européenne (UE) vers l’Afrique de l’Ouest. « Le volume de ses équipements obsolètes est en train de grandir dans tous les pays africains », affirme à Anadolu Andréas Manhart, chercheur auprès l’institut OKo spécialisé dans l’écologie appliquée et basé à Berlin. La convention internationale de Bâle, interdit, pourtant, depuis 1992, l’exportation de déchets dangereux des pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques ,34 pays membres) vers ceux du Sud. Plus de 20 ans après, les déchets continuent à déferler vers l’Afrique car nombres de pays comme les USA n’ont pas encore ratifié cette convention. Dans les pays, qui l’ ont ratifiée les entreprises continuent de contourner la convention en passant ces équipements comme des dons humanitaires. Un autre instrument africain a été mis en place mais est resté lui aussi lettre morte. La Convention sur l’interdiction d’importer en Afrique des déchets dangereux et sur le contrôle des mouvements transfrontières et la gestion des déchets dangereux produits en Afrique (Convention de Bamako) , qui a été adoptée en 1991, est entrée en vigueur en 1998. Les 53 États membres de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) sont tous Parties à la Convention de Bamako “Certains pays comme le Ghana, le Nigéria, ou l’Ethopie ont essayé de mettre en place des législations locales contre l’importation de ces déchets mais la plupart de ces législations n’ont pas encore été appliquées”, regrette Manhart. Face à ce problème qui échappe à tout contrôle, le recyclage de ces déchets apparait pour le moment comme la seule solution viable. "Dans les centres urbains, le recyclage de ces déchets est en grande partie assuré par le secteur informel. Il attire souvent des personnes pauvres avec très peu d’alternatives économiques. Les méthodes utilisées consistent en grande partie à brûler les câbles des équipements pour en extraire du cuivre. Ce qui augmente la pollution au lieu de la réduire" explique Manhart. Selon Manhart, Il est important, pour inverser la tendance de mettre en place des projets industriels de recyclage afin d’absorber la main d’œuvre locale et de faire réinsérer ces déchets dans le circuit économique en leur offrant une seconde vie. « Cela dit un système de recyclage efficace et viable ne peut pas survivre sans l’encouragement de l’Etat .Tout un système de financement de ce genre d’entreprises de recyclage doit être mis en place » nuance le chercheur.

 

 

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