Burundi : la rue envahira l’arène si le président brigue son 3e mandat

mardi 10 mars 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Burundi : la rue envahira l’arène si le président brigue son 3e mandat

Société civile, opposition et Eglise Catholique ont affiché leur refus de voir Pierre Nkurunziza briguer un nouveau mandat. A quatre mois de l’élection présidentielle burundaise, la société civile brandie la menace d’un soulèvement populaire, alors que le président Pierre Nkuzunziza, au pouvoir depuis 10 ans, entretient toujours le mystère quant à un nouveau mandat, qui serait inconstitutionnel. « Les lois en vigueur au Burundi sont formelles : nul n’a le droit d’exercer plus de deux mandats successifs au sommet de l’Etat, c’est explicite dans la Constitution du 18 mars 2005, elle-même inspirée des Accords de Paix pour la réconciliation des Burundais (Accord d’Arusha), autrement ce serait un coup d’état constitutionnel », avait martelé Vital Nshimirimana, délégué général du Forum pour le renforcement de la société civile (Forsc), lors d’un point de presse fin janvier, annoncant des jours à venir "sous le signe de la résistance". Pourtant, le 20 mars 2014, Pierre Nkurunziza, avait avancé un projet de révision de la constitution, qui fut finalement rejeté par l’Assemblée nationale mais qui, selon la loi, peut à nouveau être soumis à l’adoption des députés, après une année d’attente. Le président pourrait donc lancer une deuxième tentative avant les élections du mois de juin afin de briguer un troisième mandat. Une telle initiative, inquiète la société civile et l’opposition burundaise qui craignent un accaparement du pouvoir puisque, selon eux, le chef de l’Etat a encore la possibilité de passer en force à la Cour constitutionnelle, cette dernière, étant considérée comme "en manque d’indépendance" par l’opposition. Lors d’une récente conférence, Pacifique Nininahazwe, président du Forum pour la Conscience et le développement (Focode), qui réunit plusieurs organisations de la société civile, a avertit que dans le cas d’une annonce de la candidature de Nkuzunziza, les Burundais diront "Non", dans la rue. Ces organisations alliées à l’opposition et qui ont lancé la campagne ‘’Halte au 3ème mandat’’, ont d’ailleurs appelé "les parrains de l’Accord d’Arusha et les sages" à intervenir pour « éviter un bain de sang au Burundi. » « Nous irons manifester dans les rues et les citoyens burundais ont bel et bien montré qu’ils peuvent le faire », a-t-il martelé rappelant la récente descente historique de dizaines de milliers de Burundais dans la rue pour accueillir la libération du journaliste Bob Rugurika de la Radio publique africaine (RPA), le 19 février dernier. A la suite de cette manifestation, le ministre de l’intérieur Edouard Nduwimana avait aussitôt durçi le ton, pour prévenir de toute tentative de "soulèvement" dans le pays qui mettrait en péril les élections. Mais pour le président du Focode, "les autorités pourront ordonner de tirer sur les manifestants cela ne changera rien. Il faut qu’ils se rappellent que tous ceux qui ont eu recours à cela ont échoué. Moubarak (Egypte), Ben Ali (Tunisie), Compaoré (Burkina Faso), tous ont tenté de stopper les manifestants mais ils ont tous échoué face à la volonté souveraine d’un peuple", a-t-il martelé. Le seul moyen d’éviter "ces violences à venir" serait pour Nkurunziza "de sortir de son silence et d’annoncer, qu’il ne se présentera pas pour 2015, comme l’a fait son homologue Joseph Kabila en République Démocratique du Congo", estime pour sa part Agathon Rwasa, le leader historique des Forces Nationales de Libération (Fnl), aile de l’opposition non reconnu par le ministère de l’Intérieur. Depuis samedi, l’Eglise catholique, très influente dans un pays à 85% chrétien, a décidé, elle aussi, de dire « non » à l’unanimité, à un nouveau mandat, mettant ainsi fin à plusieurs mois de débats concernant sa position. Dans une déclaration en langue nationale –le Kirundi- les huit évêques catholiques du Burundi, ont exigé que l’Accord d’Arusha soit respecté : « Arusha est clair. Les Burundais se sont convenus que celui qui est élu pour être chef de l’Etat du Burundi, qui qu’il soit ne peut dépasser deux mandats de cinq ans ». Cette nouvelle déclaration de l’Eglise, déterminante selon la société civile et l’opposition, a été "bien accueillie par le gouvernement", selon les propos de Willy Nyamitwe, le Conseiller principal à la présidence de la République chargée de la Communication qui a estimé, lundi face à la presse, que c’était "la preuve qu’au Burundi, il existe une liberté d’expression, que chacun peut exprimer ses idées, ses opinions, comme il le souhaite". "L’Eglise Catholique recommande de se référer à la Constitution et à l’Accord d’Arusha, c’est très bien, donc quand le moment viendra, on se réferera à ces textes",a-t-il déclaré, précisant qu’il faudra laisser les autorités habilitées dont la Cour Constitutionnelle statuer sur la question du 3e mandat.

 

 

Copright © Observatoire de l'Action Gouvernementale (OAG)