La Commission des droits de l’Homme dénonce le recours à la violence à deux mois des élections de 2015

vendredi 20 mars 2015,par Jean Bosco Nzosaba

La Commission des droits de l’Homme dénonce le recours à la violence à deux mois des élections de 2015

La Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) estime que rien ne peut expliquer le recours à la violence dès lors que le pays a renoué avec la voie de la démocratie pluraliste basée sur des élections, à deux mois des scrutins de 2015. Dans une déclaration de l’institution, lue vendredi par son président, Frère Emmanuel Ntakarutimana, la CNIDH exprime sa préoccupation face à une intolérance politique qui s’accroît au fur et à mesure que les échéances électorales approchent. Elle évoque les nervosités conduisant aux violences verbales, les tentatives d’éliminations physiques, les emprisonnements arbitraires des militants des partis politiques, les refus des tenues de réunions pour certains partis et acteurs politiques, les destructions des insignes et permanences des partis politiques, la détention illégale et l’usage d’armes à feu créant de la panique dans la population, des cas de fuite de la population de Kirundo vers le Rwanda interprétée différemment.

La CNIDH déplore en outre le faible débat politique autour des projets de société et des programmes des partis et acteurs politiques. Elle note une opinion nationale qui demande la justice pour les défenseurs de droits humains et les trois religieuses italiennes assassinées en commune Kamenge, les revendications sociales des syndicalistes ainsi qu’un débat controversé sur une éventuelle candidature du président de la République à sa propre succession. Ce dernier débat alimente une polémique sur l’interprétation des dispositions de la Constitution et la valeur de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi. L’institution fait remarquer que le processus menant aux élections libres, transparentes, inclusives et apaisées est le résultat des efforts importants de toutes les parties prenantes et que toute détérioration de la sécurité est à prévenir, car susceptible de conduire à des violations des droits de l’homme.

La CNIDH rappelle que l’Etat reste le premier garant de la sécurité et de la justice pour tous et qu’il a l’obligation de sécuriser le citoyen et d’établir les responsabilités en cas de crimes et délits. Elle rappelle aux responsables des partis politiques qu’ils ont l’obligation d’encadrer leurs militants en général et leur jeunesse en particulier et que les leaders des partis politiques ne pourraient échapper à leurs responsabilités en cas de violations massives des droits de l’homme, de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.

L’institution appelle les partis et acteurs politiques à axer leur communication sur leurs projets de société et leurs programmes afin d’éclairer la population dans son intention de vote. Elle invite les différents acteurs engagés dans diverses revendications à faire preuve de retenue, à privilégier la voie du dialogue, de la tolérance et de la concertation dans la gestion de toutes les questions sensibles, notamment celles liées au processus électoral et aux dossiers de justice. La CNIDH invite également la justice à prendre au sérieux l’ampleur de la question de l’impunité et à prendre des mesures pour éviter le désespoir et le recours à la justice populaire. La justice et la CENI (Commission électorale nationale indépendante) sont invitées à mieux se préparer à la gestion des cas de contentieux électoraux. Elle recommande enfin aux corps de défense et de sécurité de protéger la population au même pied d’égalité et à faire preuve de neutralité politique.

 

 

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