Première mondiale au Burundi : une université dans un camp de réfugiés

jeudi 26 mars 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Première mondiale au Burundi : une université dans un camp de réfugiés

C’est un projet un peu fou. Yvelyne Wood, « artiste engagée » de Genève, entend créer la première université au monde installée dans un camp de réfugiés. L’établissement, porté par l’ONG suisse de Yvelyne Wood, Swiss International Humanitarian Organization (Siho), sera installé dans le camp de Musasa au Burundi. Appelé Uniref, il fera sa première rentrée le 28 septembre 2015, a annoncé Yvelyne Wood, lors de la présentation du projet à Paris jeudi 19 mars.

« Amener une université dans un camp, c’est la première fois que je vois un projet pareil, a assuré Philippe Leclerc, représentant en France du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), associé au projet. Jusqu’à présent, le modèle, ce sont les bourses. Le problème, c’est que cela ne concerne que quelques personnes, lesquelles, le plus souvent, ne reviennent pas. Il s’agit donc d’une initiative innovante. » [Photo : Yvelyne Wood dans le camp de réfugiés Musasa, au Burundi] Pour souligner l’importance de l’enjeu, Philippe Leclerc a rappelé qu’il y avait 17 millions de réfugiés dans le monde, « un nombre qui n’a jamais été aussi important depuis soixante ans. » Et 40 % d’entre eux vivent dans des camps, parfois depuis trente ou quarante ans. Or, dans les camps, « il y a un public qui passe totalement à la trappe, explique Jean-Baptiste Mubumbyi-Dunia, ingénieur chimiste à l’Itech de Lyon et lui-même ancien réfugié. Ce sont les jeunes qui ont terminé leurs études secondaires. Car l’urgence, ce sont les petits. » Bref, constate Philippe Leclerc, « les bacheliers constituent une classe d’âge vulnérable : dans les camps, on a beaucoup de temps à perdre, et notamment dans des activités pas toujours constructives. »

Le projet de Siho, c’est justement de faire l’inverse. « Quand on est réfugié, tout est à reconstruire, rappelle Yveline Wood. Et la meilleure chose que l’on puisse leur apporter, c’est l’éducation universitaire. » Le camp de Musasa a été choisi pour sa taille modeste (6 700 occupants) et la présence de jeunes diplômés du secondaire. Les bâtiments ont été construits par l’antenne burundaise du HCR.

Trouver 200 000 ou 300 000 dollars

Les 200 futurs étudiants seront sélectionnés en mai parmi les bacheliers du camp. Un quart des places sera ouvert aux jeunes des villages environnants. Ils suivront gratuitement une première année propédeutique, élaborée avec le Centre national français d’enseignement à distance (Cned). Ils pourront ensuite poursuivre leurs études dans des formations tournées vers les besoins économiques locaux, élaborées par les partenaires de SIHO, en France ou en Suisse avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Si l’objectif premier est de délivrer des diplômes de type BTS, les licences et masters ne sont pas exclus. L’idée n’est pas que les étudiants s’exilent mais, au contraire, qu’ils trouvent leur place dans la région et qu’ils reprennent une vie normale. Et si l’on fait remarquer le risque que le projet puisse être de condamner les jeunes à rester dans leur camp, Philippe Leclerc rappelle que la durée moyenne d’un camp est de treize ans. Pour certains d’entre eux, comme au Proche-Orient, cela peut aller jusqu’à soixante ans. « Le but, c’est que les gens rentrent chez eux, indique Philippe Leclerc. Mais les conflits sont difficiles à régler et on ne peut pas laisser ces personnes à l’écart. On ne peut plus utiliser cette excuse pour ne rien faire. » Ne reste plus qu’à trouver l’argent. Uniref coûtera 850 000 dollars la première année. « 200 000 à 300 000 dollars sont à trouver rapidement pour lancer le projet », indique l’équipe. Les promoteurs du projet ne se découragent pas : pour eux, Uniref est « un projet pilote » qui a vocation à essaimer partout dans le monde. Par Benoît Floc’h

 

 

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