Maintien de la paix

jeudi 26 mars 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Jeune Afrique : Comment est née l’idée de réunir les principaux responsables militaires des pays membres de l’Organisation des nations unies (ONU) pour se pencher sur le maintien de la paix ?

Hervé Ladsous : Cette réunion s’inscrit dans le processus initié par un sommet sur les opérations de maintien de la paix qui s’est tenu en septembre dernier en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, à New-York. Nous nous sommes dit qu’il serait bien, pour la première fois dans l’histoire mondiale, de rassembler des chefs d’État-major ou leurs adjoints du plus grand nombre possible de pays fournisseurs de troupes aux Nations unies. C’est une initiative en partie américaine, à laquelle sont également associés le Premier ministre du Japon, celui du Bangladesh, ou encore le président du Rwanda. Quel est l’objectif de cette réunion inédite sur les opérations de maintien de la paix (OMP) ? L’objectif est de sensibiliser les États membres sur la nécessité de renforcer les capacités de maintien de la paix de l’ONU, à les rendre plus effectives et à accélérer leur déploiement. Cela sera aussi l’occasion de rappeler les priorités, de faire un échange d’expérience et de voir comment diversifier la participation aux OMP. Quels sont les plus grands fournisseurs de troupes pour les opérations de maintien de la paix ? Quand je suis arrivé à New-York, il y a trois ans et demi, je me suis trouvé face à une situation qui m’a paru extrêmement préoccupante : 97% des Casques bleus venaient de pays dits du Sud. Ce n’est pas satisfaisant sur le plan politique, moral et humain. Nous avons donc essayé de faire venir les pays de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN. La réunion de vendredi se tient aussi dans cet esprit de diversification. En septembre, nous avons vu des pays, notamment d’Amérique latine, qui n’avaient jamais participé au maintien de la paix. Ils travaillent maintenant avec nous.

Aujourd’hui, quelle est la proportion de Casques bleus venant des pays du Sud ?

Je dirais que nous sommes désormais plus proches des 90%. Les choses ne se font pas du jour au lendemain mais changent progressivement. Regardez le Mali : des éléments hollandais et suédois font aujourd’hui partie de la Minusma.

Quels sont les principaux contributeurs africains aux OMP ?

Actuellement, les principaux contributeurs africains sont l’Éthiopie, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, le Tchad, ou encore le Sénégal. Le maintien de la paix est très coûteux. La Monusco, déployée en République démocratique du Congo (RDC), fonctionne par exemple avec un budget annuel d’un peu plus d’un milliard d’euros.

Le modèle de financement actuel des OMP est-il viable ou doit-il être amélioré ?

Nous avons un budget annuel total de 9 milliards de dollars. Dans l’absolu, cela fait beaucoup. Mais cela ne représente aussi que 0,4% des budgets militaires dans le monde. Donc c’est finalement relativement peu. Beaucoup de pays, à commencer par les États-unis, ont fait des études sérieuses sur le financement des OMP. Ils ont conclu que la formule actuelle de contributions était la moins coûteuse. J’ajouterais qu’aucune armée au monde n’a fait ce que nous avons fait au cours de ces six dernières années. Nous avons baissé le coût unitaire du Casque bleu de 16%. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer nos efforts pour être plus efficaces avec moins d’argent. C’est même un objectif constant.

Comme leur nom l’indique, les OMP sont chargées d’assurer le maintien de la paix dans les pays où elles sont déployées. Mais on constate cependant que, dans certains pays (Mali, RDC...), elles peuvent aussi passer à l’offensive.

Les mandats des OMP doivent ils être plus offensifs ?

C’est un élément qu’il faut garder à l’esprit et qui est incontestablement dans l’ère du temps. Mais le Conseil de sécurité a bien souligné que la brigade d’intervention en RDC était exceptionnelle et n’avait pas vocation à être reproduite ailleurs. Au Mali, les pays de la région ont proposé une formule similaire, une sorte de brigade régionale d’intervention, mais qui n’a pas été retenue pour le moment. Nous sommes dans des situations qui sont beaucoup plus dures et beaucoup plus longues qu’elles ne l’étaient par le passé. Depuis une dizaine d’années, il est incontestable que nous nous déployons sur des théâtres en phase d’hostilité où il n’y a pas d’accords politiques. Quand on doit en plus faire face à des menaces terroristes transnationales, c’est encore plus complexe.

 

 

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