La communauté internationale sort du bois sans langue de bois

mardi 31 mars 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Poussé de plus en plus dans les cordes, le président burundais qui voit, en ce moment, des étincelles, va-t-il se résoudre enfin à jeter l’éponge ? La communauté internationale vient, en tout cas, d’en rajouter aux uppercuts qu’il avait reçus jusque-là en provenance de son propre camp, dans le cadre de son projet de bricolage constitutionnel pour se sédimenter au pouvoir. De fait, à la voix de Ban-Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, se sont ajoutées celles de l’Union européenne et de l’Union africaine, qui l’enjoignent au strict respect de la lettre et de l’esprit des Accords d’Arusha grâce auxquels le Burundi avait réussi à renouer avec la paix.

En d’autres termes, le souhait de la communauté internationale est que Pierre N’kurunziza s’éclipse au profit d’un autre, au terme de ses deux mandats. Ainsi, on pourra dire qu’un(e) Pierre (N’kurunziza) est venue s’ajouter à un(e) Pierre (Buyoya) pour que l’œuvre de construction du Burundi continue, conformément auxdits accords. Seulement voilà, ces accords donnent de l’urticaire à ce dernier, et c’est tout le mérite de la communauté internationale d’avoir haussé le ton. Pour une fois, on peut dire bravo à celle-ci ! Chapeau bas à elle pour ne s’être pas inscrite, cette fois, dans le schéma du « médecin après la mort ».

Sous cet angle, la communauté internationale sort du bois sans langue de bois ! Une dynamique nouvelle s’il en est, sur fond de diplomatie préventive qui vaut son pesant de paix. Car, le moins que l’on puisse dire, c’est que Pierre N’kurunziza se cherche ! Il se voit de plus en plus isolé. Y compris au sein même de son propre parti où son projet de confiscation du pouvoir est loin de faire l’unanimité. A ce sujet, l’Afrique opère un tournant. De plus en plus de voix osent s’élever au sein des partis des princes régnants, pour dénoncer leurs lubies et autres dérives. C’est tant mieux pour le continent. Et pour la paix et le salut de l’Afrique, la tendance devrait être maintenue.

Le Prélat, la société civile, une importante frange de la population burundaise, la communauté internationale sont tous vent debout contre le projet incivique de N’Kurunziza. C’est peu dire que le président burundais est dos au mur. Face à une telle montée des eaux, le président burundais prendra-t-il le risque de diriger son navire vers le triangle des Bermudes ? Ou sera-t-il enfin gagné par la sagesse au point de se résoudre à réorienter le cap vers les eaux plus sûres et plus tranquilles de la démocratie et de la sortie honorable ? Il n’est pas tard. Pierre N’kurunziza n’a pas intérêt à engager un bras de fer Cela dit, autant la communauté internationale s’est montrée ferme et sans équivoque à l’égard de Pierre N’kurunziza, autant elle doit tenir le même langage de fermeté à tous les fossoyeurs de la démocratie qui écument le continent. Car, Dieu seul sait s’ils sont nombreux en Afrique, ces chefs d’Etat à ne pas avoir la force morale de s’imaginer hors du pouvoir. Le Rwandais Paul Kagamé, l’Ougandais Yuweri Museveni, Sassou N’Guesso et Joseph Kabila des deux Congo, etc., qui ont fermement empoigné « leur pouvoir », ont montré à maintes reprises combien ils ne sont pas prêts de le lâcher. C’est pourquoi les Nations unies, Washington, Paris, Bruxelles, l’Union africaine devraient aussi remonter les bretelles à ces dirigeants.

Car, franchement, l’Afrique centrale et la région des Grands lacs se singularisent de façon honteuse en matière de démocratie ! Cette partie de l’Afrique est assurément un véritable îlot d’enfer pour la démocratie. Là-bas « sévissent » des potentats qui ont fini par croire qu’ils sont nés programmés pour le pouvoir. C’est oublier comment ils y sont parvenus. Généralement, par intrusion violente dans l’Histoire de leur pays, avec en toile de fond des rivières de sang et des vallées de larmes. Bien sûr, l’Afrique de l’Ouest, dans sa partie francophone surtout, connaît aussi ses satrapes et autres mauvais élèves de la démocratie. Mais le grand exploit opéré par le peuple burkinabè qui a réussi à terrasser une dictature vieille de plus de deux décennies, a eu le mérite de provoquer un déclic dans la conscience des peuples africains. Un printemps africain est en train de se signaler en Afrique de l’Ouest, et cela doit valoir aussi pour l’Afrique centrale et la région des Grands lacs qui ne se gênent même plus de chercher à ligoter la démocratie.

En tous les cas, la juste et noble lutte engagée par le peuple burundais a toutes les chances de réussir davantage avec l’entrée en scène des Nations unies, de l’Union africaine et des capitales occidentales qui viennent de se signaler. Pierre N’kurunziza n’a pas intérêt à engager un bras de fer contre elles. S’il opère un passage en force, le robinet de l’aide internationale lui sera coupé. Ce sera la fin des haricots et l’asphyxie assurée pour le Burundi. Une chose est tout aussi sûre : le peuple burundais est résolu à prendre son destin en mains. Et pour une des rares fois, un peuple africain aura donc eu, avant que l’orage n’éclate, tout le soutien de l’UA dont on connaît la propension à prendre le parti des dirigeants au détriment de celui de leur peuple. Après la sortie de l’organisation panafricaine, on attend de voir comment réagira la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) dont on peut imaginer qu’elle est, en ce moment, dans ses petits souliers. Le moins que l’on puisse attendre d’elle, c’est qu’elle ne reste pas les bras croisés, qu’elle prenne ses responsabilités face aux gros nuages qui s’amoncellent dans le ciel burundais.

Fin de course pour l’ancien professeur d’éducation physique ? Il est à présent temps, pour lui, de passer le témoin à un autre. Il doit se résoudre à comprendre qu’il y a bien une vie après le pouvoir. source : le pays

 

 

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