Exode, menaces de mort et limogeages en masse : Le Burundi à l’approche des élections

mardi 7 avril 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Exode, menaces de mort et limogeages en masse : Le Burundi à l’approche des élections L’éventuel troisième mandat de Nkurunziza n’est pas contesté que par l’opposition, il divise même au sein du parti au pouvoir. Des visages inquiets, une opposition révoltée, un parti au pouvoir divisé et des centaines de Burundais qui fuient vers le Rwanda, telle est l’image qu’offre le Burundi à moins de deux mois des législatives (prévues le 26 mai 2015) qui seront suivies, un mois plus tard, par la présidentielle. La cause de toutes ces tensions n’est autre que l’éventualité de voir Pierre Nkurunziza, actuel président du Burundi, briguer un troisième mandat. Pierre Nkurunziza est au pouvoir depuis 2005 date à laquelle il a été élu grâce au suffrage universel indirect, en 2010 il a décroché un deuxième mandat par suffrage universel direct. Dans les provinces frontalières du pays telles celle de Kirundo(nord), frontalière avec le Rwanda, certains Burundais, encore marqués par le souvenir de douze années de guerre civile(1993-2005 ), ont déjà franchi la frontière fuyant un pays où des rumeurs circulent sur "une guerre imminente". Un habitant de la commune de Bugabira (Kirundo) confie à Anadolu, sous couvert de l’anonymat, " j’ai déjà envoyé ma femme et mes quatre enfants au Rwanda, pour ma part je reste aux aguets et je les rejoindrai dès que la candidature de Nkurunziza pour un troisième mandat sera confirmée car je suis sûr que dans ce cas il y aura des violences". Il dit qu’il a peur de revivre ce qu’il a vécu en1993 après la mort du président Melchior Ndadaye : " En 1993, mes parents ont été tués, nos vaches et nos biens pillés et notre maison incendiée" se souvient-il. Contacté par Anadolu, Réverien Nzigamasabo, gouverneur de la province de Kirundo a confirmé ces départs qui seraient selon lui motivés par "la recherche d’un travail journalier" rappelant que des centaines de Burundais partent tous les jours travailler au Rwanda et rentrent le soir. Le ministre burundais de l’Intérieur, Edouard Nduwimana, a déclaré, lundi, à Anadolu que "plus de 800 Burundais se sont déjà réfugiés au Rwanda" ajoutant s’être dernièrement rendu sur place et avoir appelé les réfugiés de rentrer au pays et d’avertir les forces de l’ordre chaque fois qu’ils subissent des intimidations de la part des membres du parti au pouvoir Cndd-Fdd ( Le Conseil National pour la défense de la démocratie-Force de la défense de la démocratie ). Le troisième mandat de Nkurunziza n’est pas contesté que par l’opposition et divise même au sein du parti au pouvoir. Une pétition signée par plus de 90 membres du parti au pouvoir a, en effet, été adressée, à la fin du mois de mars dernier, au président l’appelant à ne pas briguer un troisième mandat. Entre autres signataires de la pétition il y a Léonidas Hatungimana, porte-parole du président et Onésime Nduwimana, porte-parole du parti. Cette initiative à laquelle se sont Joint des députés, des gouverneurs, des administrateurs, a couté cher aux uns et autres. Des responsables du parti dont les deux porte parle cités se sont vus démis de leur fonction alors que d’autres ont reçu des menaces de mort. Festus Ntanyungu, député, a confié à Anadolu être sûr qu’il "risque d’être éliminé à tout moment d’autant plus que sa garde lui a été retirée". Contacté par Anadolu, Pascal Nyabenda, président du Cndd-Fdd, a, quant à lui, qualifié "tous les signataires de la pétition d’ennemis de la Nation". " Une situation inquiétante" juge l’historien Jimmy Elvis Vyizigiro qui déclare à Anadolu " l’accumulation de tous ces éléments (insécurité, divisions au sein du parti présidentiel, intimidation, etc) peuvent réveiller les anciens démons et faire retomber le pays dans le chaos". Une situation aggravée, selon lui, par une "instrumentalisation de la jeunesse à l’approche des élections dans un pays encore fragilisé par les années de guerre". L’Ambassadeur Boubacar Diarra, représentant spécial de l’Union Africaine pour le Burundi et pour la région des Grands Lacs qui n’a pas caché son opposition à un troisième mandat de Nkurunziza a été, discrètement, rappelé à Addis Abeba. Le ministre burundais des Relations extérieures, Laurent Kavakure, a déclaré à Anadolu que cette demande de rappel fait suite « à une évaluation globale de ses prestations aussi bien par le gouvernement du Burundi que par l’Union africaine ». Daniel Kabuto, chargé de la communication au sein du ministère des Relations extérieures a, lui, précisé à Anadolu que "c’est l’UA qui a rappelé l’Ambassadeur Boubacar Diarra" parce qu’il a "dépassé le cadre de sa mission". L’Union Africaine n’a de son côté encore fait aucun commentaire sur la question jusqu’à lundi. Pour l’opposition et la société civile burundaise, aussi bien la Constitution que l’accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi, signé en 2000 pour mettre fin à la guerre civile, interdisent un troisième mandat. Quoique Nkurunziza n’ait pas encore confirmé sa candidature pour la présidentielle de juin prochain, le régime burundais se base également sur la Constitution burundaise pour ne pas dénier au président sortant le droit à un troisième mandat, qui ne serait que son "deuxième mandat constitutionnel". La norme fondamentale semble conditionner, en effet, la limitation au mode de suffrage direct, alors que la première élection de Nkurunziza en 2005, s’est faite, exceptionnellement et selon les dispositions de l’accord d’Arusha, au suffrage universel indirect.

Source : Anadolu

 

 

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