Les étudiants de l’Université du Burundi demandent une justice indépendante

mercredi 22 avril 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Les étudiants de l’Université du Burundi demandent une justice indépendante

Entre 280 et 300 délégués de classes et délégués généraux de facultés et instituts de l’Université du Burundi, habillés tous en noir, ont marché silencieusement ce mardi dans la ville de Bujumbura contre la détention, dans des circonstances opaques, de deux de leurs camarades.

Ils se sont rassemblés au Campus Rohero, à l’ex-Institut de pédagogie appliquée (IPA), situé au boulevard du 28 novembre. Ils ont débuté la marche à 9H00 du matin à destination de la prison centrale de Bujumbura située en commune urbaine de Musaga où sont emprisonnés les étudiants Jean Bosco Nibizi, vice-délégué général de la faculté de Droit et René Nshimirimana, vice-délégué général de la faculté des Sciences économiques et de Gestion, tous accusés d’outrage au chef de l’Etat burundais.

Les manifestants sont passés au Monument du soldat inconnu et se sont dirigés vers la commune Musaga. Avant d’atteindre la rivière Muha séparant les communes Rohero et Musaga, de nombreux policiers les ont obligés de rebrousser chemin. Un officier de police leur a suggéré de désigner entre cinq et 10 représentants des étudiants chargés de discuter avec la justice sur ce dossier. Les étudiants ont fait demi-tour et se sont dirigés silencieusement vers le campus universitaire de Mutanga vers 11H00. Ils ont cependant rejeté la proposition de choisir des représentants parce qu’ils craignaient que certains étudiants soient arrêtés, selon des informations à leur connaissance.

Selon le représentant général des étudiants, M. Simon Marie Rurasuma, les deux étudiants sont victimes d’un montage sans preuve et des spéculations parce que les universitaires ne soutiennent pas les activités de certains dirigeants du pays. Les policiers ont piétiné les droits des étudiants en les empêchant de rendre visite et d’assister leurs camarades emprisonnés, a souligné M. Rurasuma. Il a rassuré les deux confrères locataires de la prison que l’aide collectée leur parviendra incessamment.

« La longue marche pour la justice indépendante devait nous conduire à la prison centrale de Bujumbura pour rendre visite à nos confrères emprisonnés. Les étudiants ont fait une marche pacifique sur le trottoir de la route pour ne pas gêner, en aucune manière, la circulation routière. Les étudiants n’avaient pas non plus l’intention de combattre la police et n’ont même pas la force nécessaire », a dit M. Rurasuma. Parmi les décisions prises par les étudiants de l’université du Burundi pour demander l’impartialité des magistrats dans le traitement des dossiers de leurs confrères figurent notamment le port des habits noirs tous les mardis et la suspension des cours l’avant-midi de mardi pour faire la marche. Le représentant général des étudiants a rassuré que les activités estudiantines vont continuer à partir de mardi après-midi et qu’une réunion d’évaluation est prévue cette semaine.

Par ailleurs, le conseil des délégués de l’Université, qui s’est réuni samedi le 18 avril 2015, a déclaré que tous les jours de mardi seront dénommés « mardi noir », un jour qui va leur rappeler l’opacité qui aurait caractérisé l’emprisonnement de ces étudiants. La marche organisée rentre ainsi dans le cadre de ce que les étudiants ont appelé « la longue marche à la recherche d’une justice indépendante ».

La longue marche de ce premier mardi noir devait donc conduire ces étudiants vers la prison de Mpimba et pour la semaine prochaine, ils se rendront au parquet de la mairie pour interpeller la justice à traiter rapidement et impartialement le dossier dans l’immédiat, selon un communiqué de presse rendu public lundi le 20 avril. Le conseil des délégués plaide en outre auprès du président de la République la libération de ces deux étudiants car, signalent-ils, l’accusation qui leur est reprochée n’est qu’un prétexte. Le communiqué de presse interpelle aussi les étudiants de l’université du Burundi de ne pas prêter oreille à quiconque voudrait semer des divisions dans leur communauté, de dénoncer toute personne soupçonnée de perturber l’ordre dans les milieux universitaires et de lutter toute source d’insécurité dans la communauté. Les étudiants de l’Université du Burundi organiseront ainsi chaque mardi une longue marche jusqu’à ce que leurs deux collègues soient libérés, ont-ils décidé.

 

 

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