Cinq radios onusiennes, ondes de la paix pour l’Afrique

mercredi 22 avril 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Elles s’appellent Guira, Okapi, Onuci, Miraya ou Mikado, toutes mises en place par des missions des Nations-Unies, en zones de conflits en Afrique, et participent de l’opération de stabilisation et de maintien de la paix.

L’une des dernières nées de ces radios est Mikado FM, la radio mise en place en janvier par la mission onusienne au Mali, la Minusma. Pour Hélène Papper, responsable de ce projet, il s’agit d’une structure dont le but est de "faire avancer le processus de réconciliation" dans un pays qui subit une fracture matérialisée politiquement, depuis des années, par le conflit entre Bamako et les Touaregs du Nord.

"Le but c’est la création d’une plateforme de dialogue entre l’ONU et ses partenaires internationaux et la population. C’est par ce biais que les acteurs internationaux peuvent se faire d’autant mieux entendre et être a l’écoute de la population" déclare Papper à Anadolu.

"Mais l’objectif est aussi d’amener les Maliens à dialoguer entre eux et avec la société civile et se rendre compte qu’ils ne sont pas si différents que ça, que les problèmes intercommunautaires peuvent se résoudre en parlant et en s’écoutant." poursuit Papper à Anadolu en rappelant que Mikado est sous le mandat de la Minusma, et qu’à ce titre,"ses objectifs restent rattachés à ceux de la Minusma, que ce soit en Droit de l’Homme, protection des civils, désarmement, déminage, santé, etc." Pour ce faire, une programmation appropriée, alliant actualités et débats, est mise en place avec une trentaine de de staff, des Maliens pour la plupart. Une condition essentielle pour "une radio qui va donner la parole à la population et par la population" "Comme on est encore en phase de lancement, les bulletins d’informations se feront petit à petit. En attendant, nous avons deux plages importantes pour suivre l’actualité, une le matin, et une autre en fin de journée. Ce sont les deux moments forts d’actualité sur Mikado" poursuit Papper.

"Il y a également des programmes "magazine", consacré aux femmes, aux enfants, à des thématiques intéressante comme l’éducation. le rôle des femmes dans la société. Certaines émissions sont conçues pour mettre la population en contact avec des agents internationaux pour répondre à leurs questionnements et créer une interactivité" détaille la responsable de Mikado FM, qui ne diffuse actuellement que sur Tombouctou (Nord), Gao (Nord) et Mopti (Centre).

Lancée sous les auspices de la mission onusienne au Soudan en 2005, dans un contexte de crise entre le Nord et le Sud du pays, la radio Miraya, a elle aussi joué ce même rôle, selon Papper qui a fait parti de l’équipe qui a dirigé la radio de la Minuss.

"Je suis partie de la radio Miraya du Sud Soudan qui était la radio la plus écoutée. Elle a participé à résorber pas mal de conflits, les demandes de dépôts des armes passaient souvent à travers ses ondes, des messages de paix, de sollicitations de dialogue.." se rappelle Hélène Papper. Alors qu’il y a 9 missions onusiennes en Afrique, seules 5 radios ont été mises en place. Il s’agit ainsi de Guira (RCA), Mikado (Mali), Miraya (Soudan) Okapi (RDC) et Onuci (Côte d’Ivoire), or, "ces radios devraient être une évidence dans toute mission de maintien de la paix", selon Papper.

Ainsi, si le principe de ces radios est inscrit dans tous les accords de maintien de la paix signés par les Gouvernements accueillant des missions onusiennes, la matérialisation peine, toutefois, à prendre corps, sous l’influence de nombreux facteurs.

"Il y a un écart de compréhension entre ceux qui travaillent au sein des missions et le centre de décision à New-York [siège des Nations-Unies, ndlr] qui ne se rend pas toujours compte de l’impact positif que peuvent avoir ces radios" a expliqué, pour sa part, une source au sein de la radio onusienne en Côte d’Ivoire, Onuci, ayant souhaité gardé l’anonymat. Face à cette situation, "ceux qui prônent une vision de la radio comme outil de la paix doivent se faire entendre davantage au niveau central de l’ONU" recommande la même source.

Toutefois, Hélène Papper trouve que "cette hésitation est parfois compréhensible au regard des coût et risques qu’engendrent les radios. Miraya a été, par exemple, plusieurs fois menacée de fermeture par le Gouvernement soudanais, il faut également beaucoup de suivi, pour que ces radios puissent continuer à émettre et effectuer leur travail de maintien de la paix" détaille-elle, avant de préciser que les quelques moments de tension étaient résorbés par le travail diplomatique effectué par une radio soucieuse de garder une ligne ouverte avec les autorités locales et de se situer dans la ligne culturelle du pays d’accueil. Quoique structurellement liée aux structures onusiennes, ces radios devraient avoir "une vie après les missions" dont elles dépendent. Pour cela, la vocation pédagogique est une composante essentielle du schéma de chaque radio.

"on est également là pour montrer une façon différente de gérer l’info, et enrayer la peur de l’information. C’est également une façon de former les journalistes pour avoir, dans l’avenir, une source d’information éthique, libre, crédible et pas influencée." conclut Hélène Papper. Source : Anadolu

 

 

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