Afrique : L’insécurité alimentaire touche dix millions de personnes au Sahel

mardi 3 juillet 2018,par Jean Bosco Nzosaba

Dans un communiqué dont l’agence Anadolu a reçu copie, ces ONG, dont Action contre la faim, Oxfam et Save the children, demandent aux chefs d’Etats présents au 31ème sommet de l’Union Africaine qui se tient les 1er et 2 juillet à Nouakchott, Mauritanie, d’apporter une réponse alimentaire d’urgence à près de 10 millions de personnes dont 1,6 million d’enfants en malnutrition aiguë au Sahel. Les signataires qualifient la situation alimentaire et nutritionnelle de "très préoccupante" dans certaines zones au Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Tchad, exacerbée par les déplacements des populations consécutifs aux conflits et risques sécuritaires dans la région. Dans les zones pastorales, les faibles précipitations enregistrées en 2017 et les difficiles conditions climatiques ont affecté négativement la production de pâturage provocant une transhumance précoce et plus importante tout en accentuant les tensions entre les agriculteurs et les éleveurs.

"Nous allons vers une dégradation sévère de la situation dans les prochains mois", a prévenu Adama Coulibaly, directeur régional d´Oxfam en Afrique de l’Ouest. Il a expliqué que 2018 devrait être une année particulièrement difficile, non seulement pour les communautés agropastorales, mais aussi pour les milliers de personnes qui dépendent des marchés pour l’accès à la nourriture dans le Sahel. "Sans une prise en charge rapide et adéquate, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire pourrait atteindre plus de 11 millions de personnes entre juin et août 2018", a-t-il alerté. Environ 2,5 millions de pasteurs et agro-pasteurs se heurtent à la détérioration de leurs moyens de subsistance et de leurs pouvoirs d’achat. Dans tous les pays du Sahel, à l’exception du Tchad, suite à la baisse de la production agropastorale, les prix des céréales ont été exceptionnellement élevés au cours des sept derniers mois, réduisant davantage la capacité des ménages à pourvoir aux besoins alimentaires élémentaires de leurs familles. En outre, les organisations notent une nette hausse du nombre d´enfants de moins de 5 ans et de femmes enceintes et allaitantes, souffrant de malnutrition aiguë. "Une crise humanitaire et alimentaire de cette ampleur place les communautés dont les revenus sont faibles, dans des situations de fragilité accrue et les oblige à mettre en place des stratégies de survie qui affectent les plus vulnérables." a déclaré Jim Emerson, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du centre de Save the Children. "Dans ces six pays, 1.6 millions d’enfants souffrent déjà de malnutrition aigüe. Nous devons éviter que cette situation perdure. Sinon, elle obligerait les enfants à abandonner l’école, à se déplacer pour trouver du travail afin d’aider leurs familles, ou mettrait les filles en danger en les mariant de force pour alléger les fardeaux financiers de leurs familles. "Il serait tragique de voir cette situation perdurer dans un contexte où la région compte déjà 10,5 millions d’enfants et de jeunes qui ne sont pas scolarisés. Nous devons travailler à apporter une réponse urgente à la crise alimentaire qui s’annonce dans le Sahel au risque de voir la crise éducative s’accentuer », a insisté Samuel Dembele, président du Réseau africain de campagne pour l’éducation pour tous, Ancefa. Les organisations lancent un appel urgent aux gouvernements et aux donateurs internationaux pour mobiliser rapidement 318 millions d’euros afin de permettre la mise en œuvre des plans de réponse nutritionnelle et sanitaire d’urgence des pays permettant de sauver des vies. Les organisations demandent aux gouvernements de garantir l’accès humanitaire aux zones de conflits et le respect du droit international humanitaire (DIH), des préalables indispensables pour assurer l’efficacité opérationnelle de l’assistance humanitaire. Par ailleurs, les organisations estiment qu’il est indispensable d’avoir une meilleure articulation entre les efforts immédiats d’une part et les efforts de développement s’attaquant aux causes profondes de la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle d’autre part. Pour Mamadou Diop, représentant régional d´Action Contre la Faim , « il faut encourager les efforts des états Africains dans leur objectif de réduire la mortalité chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes et allaitantes ». Pour ce faire, les ONG soulignent qu’il est important de renforcer les systèmes de santé afin de les rendre forts et résilients face aux chocs récurrents. Les dix organisations signataires demandent également une répartition équitable des investissements entre les différents secteurs de développement. « Les Etats doivent investir davantage dans la résilience des communautés vulnérables et des exploitants familiaux pour prévenir les crises alimentaires et sécuritaires et réduire, ainsi, les inégalités dans la région », conclut Mamadou Sarr, président du Réseau des organisations sur la sécurité alimentaire.

 

 

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