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mardi 28 avril 2015,par Jean Bosco Nzosaba

Burundi : Comment la tension est-elle montée ?

Au Burundi, les positions se radicalisent dans un contexte de violences historiques

Au Burundi, où s’affrontent depuis dimanche la police et des manifestants opposés à un troisième mandat du chef de l’Etat Pierre Nkurunziza, la tension n’a cessé de monter ces dernières mois, opposants et soutiens au président sortant radicalisant leurs positions.

LA CAUSE DE LA DISCORDE

Au coeur des affrontements actuels : la volonté du président sortant Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat le 26 juin. Son parti, le Cndd-FDD, l’a officiellement investi samedi.

Pierre Nkurunziza est au pouvoir depuis 10 ans. Elu une première fois par le Parlement en 2005, dans le cadre d’un mécanisme de sortie de guerre civile (1993-2006) prévu par des accords d’Arusha (2000), il l’a été une deuxième fois au suffrage universel en 2010. Opposants et soutiens au président s’affrontent sur la légalité d’un troisième mandat, chacun interprétant à sa façon la Constitution. L’article (96) de cette Constitution prévoit que le chef de l’État "est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois".

Pierre Nkurunziza ayant été élu par le Parlement en 2005, son camp estime que le premier mandat ne compte pas. Mais ses opposants les accusent d’ignorer une autre disposition du texte qui stipule clairement que le premier président "post-transition" est "exceptionnellement" élu par l’Assemblée nationale et nuance donc selon eux le précédent article. Les opposants au chef de l’Etat s’appuient aussi sur les accords d’Arusha, selon lesquels "nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels".

COMMENT LA TENSION EST-ELLE MONTEE ?

Depuis des mois, la communauté internationale met en garde contre le risque de violences si Pierre Nkurunziza se présente. Car les positions des deux camps n’ont cessé de se radicaliser à l’approche de la présidentielle.

La société civile et une grande partie de l’opposition ont exprimé leur détermination à faire barrage au chef de l’Etat. Ils ont promis d’appeler à des manifestations "pacifiques", mais encouragent toujours plus la population à braver l’interdiction de manifester décrétée par le gouvernement.

Face à elles, les jeunes du Cndd-FDD, les "Imbonerakure", qualifiés de "milices" notamment par l’ONU, n’ont pas caché leur volonté d’en découdre si Pierre Nkurunziza ne pouvait pas se représenter. Des milliers de Burundais, terrifiés par ces jeunes qui selon eux traquent les opposants au chef de l’Etat, ont fui au Rwanda.

En février, une manifestation monstre à Bujumbura de soutien à un journaliste perçu comme proche de l’opposition et tout juste libéré de prison avait servi d’avertissement au pouvoir : la population avait indirectement formulé son opposition à un maintien au pouvoir de Pierre Nkurunziza.

Les forces de l’ordre n’étaient alors pas intervenues, mais toute la question pour la suite était là : quelles serait leur réaction en cas de nouvelle manifestation ?

Depuis dimanche, les choses sont claires du côté de la police, qui a chargé les manifestants. La police empêche depuis toujours la population de gagner le centre-ville pour manifester, mais c’est désormais l’armée qui patrouille dans Bujumbura, un signe d’apaisement pour la population, qui juge les militaires plus neutres. Lundi, la situation était plus calme à Bujumbura, mais la question du positionnement in fine de l’armée si la tension remonte reste entière.

UN HISTORIQUE DE VIOLENCE

Les craintes de violences sont d’autant plus présentes dans les esprits que le pays a une histoire post-coloniale marquée par les massacres et les conflits interethniques entre Hutu majoritaires et Tutsi minoritaires. Les premiers massacres interethniques post-coloniaux sont intervenus en 1972, déclenchés par une tentative de soulèvement des Hutu contre les Tutsi au pouvoir. S’en était suivi une violente répression de l’élite hutu, décimée.

De nouveaux massacres ont meurtri le pays en 1988, avant le déclenchement de la guerre civile en 1993. Le conflit est parti de l’assassinat du premier président hutu, Melchior Ndadaye, lors d’une tentative de coup d’Etat fomentée par des militaires tutsi. La guerre civile a opposé l’armée, dirigée par les Tutsi, et les rebelles hutu, dont Pierre Nkurunziza fut un des chefs.

Aujourd’hui, les lignes de fractures ne sont plus autant ethniques : le principal opposant politique à Pierre Nkurunziza est Agathon Rwasa, chef historique d’une autre ancienne rébellion hutu, celle des Forces nationales de libérations (FNL). Mais à l’approche de la présidentielle, certains craignent que la corde hutu-tutsi ne soit malgré tout réactivée par certains par calcul électoral.

Source : AFP

 

 

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