ETUDE SUR L’IMPACT DE LA GRATUITE DES SOINS POUR LES MERES QUI ACCOUCHENT ET LES MOINS DE CINQ ANS.

mercredi 20 mai 2009,par Jean Bosco Nzosaba

RESUME EXECUTIF

L’accessibilité aux soins de santé pour la majeure partie de la population burundaise a toujours été problématique bien que des initiatives aient déjà été prises telles que la carte d’assistance médicale (CAM) pour le secteur informel ou la Mutuelle de la Fonction Publique pour les agents publics et assimilés.

La décision prise par le Président de la République du Burundi de subventionner les soins de santé dispensés aux enfants de moins de 5 ans et les accouchements par le décret n°100/136 du 16 juin 2006 a été très bien accueillie par la population entière assaillie par une profonde pauvreté suite à une situation socio-économique désastreuse d’après guerre. Les malades n’osaient plus fréquenter les structures de soins par manque de moyens pour payer les prestations de soins.

Deux ans après la mise en application de la mesure, l’étude commandée par l’Observatoire de l’Action Gouvernementale (OAG) a pour objectif de montrer les effets de cette mesure sur les structures de soins et sur la qualité des soins. Parmi les forces de cette mesure qui ont été identifiées, il faut souligner que les bénéficiaires apprécient énormément les bienfaits de celle-ci car elle a fortement amélioré l’accessibilité aux soins en faveur des groupes cibles.

Il en est de même pour les prestataires de soins qui se sentent tranquillisés sur le plan déontologique et moral de ne plus refouler les patients incapables de payer leurs soins ou de retenir les patients insolvables. Cette mesure a permis aux malades des groupes cibles de consulter précocement et d’avoir un meilleur accès aux médicaments.

Mais ces prestataires apprécient moins les ruptures de stock en médicaments essentiels, les conditions de promiscuité dans les chambres ou salles d’hospitalisation des patients en pédiatrie et en maternité, l’augmentation trop importante du volume de travail et la dégradation de la qualité des soins qui en est la conséquence.

Les gestionnaires des structures de soins à tous les niveaux déplorent la lenteur observée dans le paiement des factures des soins de santé pour le groupe bénéficiaire de cette mesure. Il en résulte des difficultés de trésorerie ayant comme conséquence directe l’impossibilité de s’approvisionner en médicaments et autres matériels médicaux dans des délais raisonnables.

Des partenaires du Gouvernement (DFID et ECHO/UNICEF) ont appuyé cette mesure par des dons de médicaments pour les montants respectifs de 1.142.631 livres sterling et 1.500.000 $ ; ces dons en médicaments ont déjà été distribués dans les différentes formations sanitaires. Cette mesure de subvention des soins des enfants de moins de 5 ans et des accouchements a connu des contraintes dont les principales se situent au niveau de la disponibilité de liquidités au niveau du Trésor Public pour payer les factures de la subvention dans des délais raisonnables. En outre, les infrastructures, les équipements et les effectifs en ressources humaines ne se sont pas vite adaptés à l’importance de l’affluence des patients vers les formations sanitaires.

Il est à remarquer que les mécanismes de suivi -évaluation de la mise en œuvre de la mesure par des audits trimestriels n’ont pas été respectés comme prévu par l’ordonnance n°630/848 du 06/09/2006 portant application du décret n°100/136 du 16 juin 2006 qui institue la subvention des soins de santé aux groupes cibles faisant l’objet de la présente étude.

Face aux insuffisances constatées lors de la mise en application de cette mesure, des recommandations ont été formulées à l’endroit du Ministère de la Santé Publique notamment la mise en route des procédures de contrôle interne en général et des mécanismes pertinents de contrôle des prestations de soins en faveur du groupe cible, l’organisation régulière des audits pour une gestion rationnelle des ressources financières mobilisées en général et des médicaments en particulier.

Le Ministère de la Santé Publique doit également améliorer le système d’information sanitaire car il est totalement impossible de procéder à la planification et à l’évaluation des activités de ce secteur sans données statistiques fiables.

Le Ministère de la Santé Publique doit veiller à ce que la mesure de subvention des accouchements et des soins des enfants de moins de 5 ans ne soit pas perçue comme un encouragement à une forte natalité.

Le Ministère de la Santé Publique doit réserver une attention particulière à l’amélioration des conditions de travail des personnels soignants étant donné que ces dernières ont un effets déterminant sur la qualité des soins.

Le Ministère ayant le travail et la sécurité sociale dans ses attributions devrait procéder à la mise en application des recommandations issues des études qui ont déjà proposé la mise en place d’un système d’assurance maladie pour le secteur informel. Ce secteur, essentiellement constitué d’artisans, d’agriculteurs et d’éleveurs, n’est actuellement couvert par aucun système de tiers payant en vue de permettre aux enfants âgés de plus de 5 ans d’accéder facilement aux soins sans oublier les personnes du troisième âge.

Le Ministère des Finances doit, quant à lui, mettre les factures relatives aux soins de santé des enfants de moins de 5 ans et des femmes qui accouchent en ordre utile pour un paiement rapide et rendre cette subvention de soins pérenne.

Le Ministère des Finances doit surtout procéder à des contrôles rigoureux des factures en déclaration de paiement pour une gestion rationnelle du budget de l’Etat.

A l’administration territoriale, il est recommandé de sensibiliser la population quant à la nécessité et à l’obligation de déclarer les nouveaux–nés aux services de l’état-civil pour pouvoir disposer des documents administratifs requis pour bénéficier de la subvention des soins de santé de leurs enfants de moins de 5 ans.

Enfin, il est recommandé aux prestataires de soins de continuer à bien et à mieux accueillir les patients.

Les principales limites de cette étude ont été l’insuffisance de données statistiques sanitaires et épidémiologiques pour les exercices 2005 et 2006 ainsi que l’indisponibilité de ces mêmes données pour 2007 et 2008. Il est de même pour les données relatives à la gestion du médicament.

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